HISTORIQUE
Les économistes et jurisconsultes se sont souvent de mandé quelle pouvait être l’origine de la lettre de change. Jusqu'à nos jours deux grandes opinions ont été émises:
a) La première, peu accréditée, en attribue l'invention aux Gibelins chassés de Florence par les Guelfes.
b) La seconde, plus répandue et qui est dans le commerce comme une tradition universelle, en laisse tout le mérite aux Juifs, et la place après leur expulsion de France.
c) On peut enfin en mentionner une troisième que Locré trace en quelques lignes dans son « Esprit du Code de Commerce » (1). Selon lui, la lettre de change ne serait autre chose qu'un progrès du commerce, un accident heureux dû à l'extension des relations commerciales, autant qu'aux besoins de la civilisation (2).
Mais ce dernier système n’a pas tardé à tomber en discrédit : il n'est pas en effet une opinion nouvelle en luimême, mais plutôt une conciliation entre les deux précédents.
Une question se pose, dès l'abord, quand on étudie les sources de la traite : la lettre de change était-elle connue dans l'antiquité ?
Dupont de Nemours (3) assure que les anciennes villes commerçantes de Tyr, Carthage, Athènes, Corinthes, Syracuse, Alexandrie en pratiquèrent l'usage... Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en Grèce et à Rome, le change d'une monnaie contre une autre monnaie {cambium minufum seu manuale) était connu. Mais on ne saurait contester qu'entre cette négociation et celle qui s'opère dans la convention de change, il n'y ait de grandes différences, et dans le but et dans l'exécution.
(Sec ME Dr3.
(2) Pardessus soutient cette thèse dans l'introduction de sa « Collec- Lion des lois marilimes », {. 1, p.112. Ce système rappelle l'opinion de Sigismond Scaccia, 1. quest. 6, n°5 et 7, et de Raphaël de Turri, Disp. 1", quest. 3, n°s 40 et 24.
(3) CDe la Banque de France », p. 9.