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CHAPITRE INT, —— DES LETTRES DE CHANGE

remboursait au Juif l'équivalent de. ce qui avait été payé pour lui. Point n'était donc besoin de lui accorder confiance, puisqu'il ne recevait qu'une fois le paiement effectué par lui de ses deniers (1).

Un modèle de lettre de change qui remonte à l’année

(1) Pardessus a objecté à cette thèse que les Juifs n’ont pu créer la lettre de change, car cela leur aurait supposé des capitaux importants, provisions de leurs traites. Or comment ces richesses auraient-elles pu échapper au pouvoir confiscateur ?

La réponse est aisée : lors de leur expulsion en 1181, le roi n’enleva pas aux Juifs leurs effets mobiliers, il leur en laissa même la jouissance. (Isambert : « Anciennes lois françaises », tome 1, p. 171, n° 67). Sans doute il leur était interdit de sortir de l’argent du royaume, mais c’est précisément pour cela qu’ils furent amenés, par suite de celte « nécessité » dont parle Savary à suppléer à l'insuffisance des procédés commerciaux alors existants, au moyen de ces lettres «en peu de paroles et substance ».

Il est encore des indices intéressants à signaler qui, pour n'être pas péremptoires, forment cependant un faisceau de présomplions, capable de donner une quasi-certitude de l’origine que nous atlribuons à la traite. Ainsi les premières banques appartinrent aux Juifs ; de plus, pendant fort longtemps, la populalion juive fut seule à pratiquer l’usage de la lettre de-change : or nul n’est plus apte à mieux saisir les avantages d’une institution,nul n’en comprend mieux le mécanisme que ceux-là mêmes qui l'ont trouvée.

Nombre d'auteurs enfin s'accordent à donner cette origine àlalettre de change :

Etienne Cleirac : 1650. « Les Juifs ont ont fait éclore les lettres de change ». Ch. vu, n° 12, p. 87.

J. Savary : « Dictionnaire universel du Commerce », p. 67 et 68. — « Parfait négociant », t. 1, 1° partie, liv. ur, ch. 1x, p. 126.

Forbonnais : « Eléments du Commerce » t. 1,ch. 1, p. 25.0 Les Juifs eurent recours à l'invention de la lettre de change dès 1181 ».

Ph. Bornier : « Conférences des Ordonn. de Louis XIV », t. 11, p. 447. « Les Lettres de change sont de l'invention des Juifs ».

Toubeau : liv. u, ch. vi, p. 293. « Les lettres de change sont de l’invention des Juifs ».

Manuel des Négociants : Vo Lettre de change, t. 11, p.291. (Suivant la commune opinion, les lettres de change sont de l'invention des Juifs ».

Montesquieu : « Esprit des lois », t. 11, Liv. xxx, ch. xx, p. 357. € Les Juifs inventèrent la leitre de change ».

Voltaire: « Dictionn. philosoph. ». &. v, p. 452. Vo Juif. «Les Juifs proscrits sauvèrent leur fortune; l’invention admirable des lettres de change sortit du sein du désespoir ».

1sambert : « Anciennes lois françaises », €. 1., p. 171, n° 67.

Salvador : « Institutions des Hébreux », t. 1, p. 336.

Capefñgue : « Histoire de Philippe-Auguste », 2° édit., &. 1, p. 295.

J. B. B. Rigaudier : « Prototype commercial », p. 2. © Pour récupérer la valeur de leurs biens, les Juifs ne pouvaient le faire que par fe moyen des lettres de change ; donc il y a toute apparence qu'ils en furent les inventeurs...» etc... etc...

1381, conservé par Balde, nous a été transmis ; il est ainsi conçu :

« Al nome di Dio, amen. À di primo di februario MCCC » LAXNNI, pagate per questa prima lettera ad usanza da » voi medesimo libre 43 de grossi sono per cambio de du- » cati410 che questi chi hone recevuto da Sejo el Compa- » gni attramente le pagate » (1).

Le développement de la lettre de change n'a guère, en vérité, été considérable qu'à partir du XVIT siècle, quand l'admission de la clause à ordre (2) en permit le transport simple et rapide au moyen d'un endossement, c'est-à-dire d'une mention inscrite au dos du titre.

Longtemps la lettre de change ne fut règlementée que par la coutume ou les usages. Sans doute nous la trouvons mentionnée dans de vieux documents (Lettres-patentes ou Ordonnances), mais seulement à titre particulier (3). Elle ne sera l'objet d'une mesure règlementaire générale qu'en 1673. L'Ordonnance de 1673 fut en effet le premier acte législatif qui ait, d'une façon formelle et complète, disposé au sujet de la lettre de change. Nous y trouvons en effet deux titres entiers (4) consacrés à cette matière.

SECTION II

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