BAYLE LIBRE PENSEUR PARCE QUE CARTÉSIEN
Bayle n'admet pas les compromis équivoques. Sa dialectique vigoureuse établit l'incompatibilité delà théologie et de la philosophie, de la tradition et de l'esprit d'examen. Ce qu'il appelle le triomphe de la foi, c'est l'apothéose déguisée de la raison. Il ne paraît humilier celle-ci que pour l'élever plus haut et exalter cette solide philosophie qui, comme un autre Hercule, exterminera les monstres des erreurs populaires et mettra l'esprit humain hors de page. Où Bayle dit ironiquement : « C'est absurde; donc je crois ». Voltaire dira : « C'est absurde; donc je nie.. . , et je raille. »
C'était justice que le grand railleur glorifiât le grand dialecticien dont il s'est tant inspiré. Après avoir constaté que Newton fut non moins vertueux que grand philosophe, Voltaire ajoute : « Tel aussi a été Bayle, cet esprit si étendu, si sage, si pénétrant, dont les livres, tout diffus qu'ils peuvent être, seront à jamais la bibliothèque des nations. Le désintéressement et l'amour de la paix comme de la vérité étaient son caractère ; c'était une àme divine. »
Les générations de Baylistes ont précédé et préparé les générations de Voltairiens.