‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 100 sur 257 · MÉRITES ET LACUNES DE LA CRITIQUE VOLTAIRIENNE · texte numérisé non relu

MÉRITES ET LACUNES DE LA CRITIQUE VOLTAIRIENNE

L'analyse hardie de Voltaire dissèque tous les détails des Ecritures sacrées. On peut quelquefois lui reprocher d'être ou pas assez exacte, ou beaucoup trop étroite. \

Un contemporain de Voltaire, Mably, enseignait avec

raison que l'historien doit savoir faire abstraction des mœurs et des idées de son temps pour revivre le passé qu'il raconte. C'est là une méthode dont le xvme siècle a laissé la pratique au siècle suivant. Voltaire s'y est conformé moins que personne. Et pourtantlui aussi répétaitsouvent qu'il ne faut pas juger des anciens par les modernes. « Qui voudrait, dit-il, réformer la cour d'Alcinoiis, dans l'Odyssée, sur celle de Louis XIV, ne serait pas bien reçu des savants ; qui reprendrait Virgile d'avoir représenté le roi Evandre couvert d'une peau d'ours au moment où il reçoit les ambassadeurs, serait un mauvais critique... Défaisons-nous de tous nos préjugés quand nous lisons d'anciens auteurs ou que nous voyageons chez des nations éloignées. La nature est la même partout: et les usages partout différents. »

Dans son exégèse, Voltaire laisse à d'autres le soin de rechercher les raisons ethnologiques ou psychologiques qui peuvent atténuer les étrangetés qu'il signale ; et il ignore cette théorie de la création des mythes que devait plus tard accréditer l'Allemagne. Son but essentiel est d'opposer victorieusement les données naturelles de la raison à ce qui est présenté comme le produit d'une inspiration surnaturelle. Que ses successeurs visent à faire comprendre l'évolutionhistoriquedesidéesreligieuses; lui s'en tient à les soumettre au contrôle immédiat de l'esprit philosophique.

A cette grande tâche Voltaire dépense une verve sarcastique qui l'a fait lire des uns et lui a nui auprès des autres. Tels dédaignent chez le sémillant Voltaire les mêmes choses qu'ils admirent chez de lourds Allemands. Il n'est pas assez ennuyeux pour qu'on ose le trouver érudit; et l'artiste fait tort au penseur.

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