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LE YOLTAÏRIANISME MODERNISTE ET LA PAPAUTÉ

LA CRITIQUE VOLTAIRIENNE DANS LE MONDE CATHOLIQUE ET l'attitude DE LA PAPAUTÉ EN FACE DU MODERNISME

De par les progrès de l'érudition ajoutés à ceux de la philosophie, les critiques de Voltaire, de plus en plus confirmées dans leur partie essentielle, devaient finir par trouver de nos jours des échos nombreux parmi les croyants anti-voltairiens.

EnItalie,enFrance, en Angleterre, enBelgique. en Allemagne, en Amérique, des théologiens, quelques-uns laïques, la plupart prêtres, s'accommodent mal du catholicisme traditionnel, immobilisé aux antipodes de la science.

Aux conclusions de la vieille scolastique qui mure la pensée dans la geôle de ses invariables credo, en dehors des voies de la civilisation, ils opposent une théologie toute neuve, ouverte au grand jour de la raison et retrempée dans les courants de la philosophie moderne.

De même que Pie IX avait promulgué en 1859 un syllabus énumérant et condamnant les propositions hétérodoxes émises par des adeptes de la libre pensée, Pie X a promulgué, en 1907, un syllabus énumérant et condamnant les propositions hétérodoxes émises par des théologiens soi-disant catholiques. Le premier pontife s'était attaqué aux ennemis du dehors. C'est aux ennemis du dedans que le second pontife lance l'anathème. Il constate que l'esprit critique, sous le nom de modernisme, s'introduit dans le cœur même de l'Eglise; et il en condamne, il en proscrit les audaces par un décret solennel, rendu après un examen approfondi des éminejUimmm et révérendissimes cardinaux ministres de la sainte l/iynistdo/t.

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De fait, concluant contre la Révélation, des théologiens novateurs ont déclaré que quiconque voyait en Dieu l'auteur véritable des Ecritures, montrait beaucoup de simplicité ou d'ignorance, et que les exégètes devaient, mettant de côté toute idée préconçue sur l'origine surnaturelle des écrits bibliques, les interpréter en même façon que les autres documents purement humains ; ils ont contesté la prétention qu'a l'autorité ecclésiastique de déterminer par des définitions dogmatiques le sens propre des Ecritures ; ils ont reconnu que les croyances accréditées étaient en contradiction avec l'histoire et qu'il y avait une légende catholique inconciliable avec les origines vraies de la religion chrétienne ; ils ont revendiqué pour chacun le droit de s'adonner à la critique de l'Ancien et du Nouveau Testament et demandé que l'interprétation de la Bible fût subordonnée aux constatations d'une libre et consciencieuse exégèse.

Concluant contre la véracité des évangiles, les novateurs ont enseigné que les évangélistes et les chrétiens de la seconde ou de la troisième génération ont arrangé à leur manière les paraboles évangéliques ; ils ont tiré argument du peu de fruit de la prédication du Christ parmi les Juifs ; ils ont représenté les évangélistes cherchant, dans leurs récits, moins à rapporter la vérité qu'à dire des choses, même fausses, qu'ils croyaient plus profitables aux lecteurs ; ils ont démontré que les évangiles furent continuellement augmentés et corrigés jusqu'à ce qu'ils eussent été constitués en canon définitif ; ils ont confessé que les narrations de saint Jean ne sont pas proprement de l'histoire, mais des effusions mystiques où sont imaginés des miracles ayant un caractère extraordinaire, en vue de donner du relief à l'œuvre et à la

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gloire du Verbe incarné et que cet évangéliste a usurpé la qualité de témoin du Christ, alors qu'en fait il n'écrivait qu'à la fin du premier siècle ses méditations théologiques dénuées de vérité historique.

Concluant contre la divinité de Jésus-Christ, les novateurs ont avoué qu'elle ne ressort aucunement des évangiles; que le Christ révélé par l'histoire est bien inférieur au Christ affirmé par la foi ; que, dans les textes évangéliques, le nom de fils de Dieu équivaut seulement à celui de Messie, mais ne signifie aucunement le vrai fils de Dieu ; que les dires des théologiens sur la conscience et la science infaillible du Christ-Dieu ne se concilient pas avec le sens naturel des textes évangéliques ; que Jésus s'est manifestement trompé en parlant de la fin prochaine de ce monde ; et que, si le Christ avait eu la même science que Dieu même, il aurait été inexcusable de ne pas communiquer à ses disciples et à la postérité cette science qu'il avait de tant de choses dont la connaissance nous serait souverainement désirable. Ils ont ajouté que la résurrection du Christ, n'étant ni démontrée ni démontrable, n'était pas un fait historique, et qu'à l'origine on a entendu désigner par là la vie immortelle du Christ en Dieu ; que, d'autre part, la doctrine de l'expiation des péchés par la mort du Christ était une conception de saint Paul nullement confirmée par les évangiles.

Concluant contre le dogmatisme de l'Eglise, les novateurs ont professé que les dogmes qu'elle présente comme dictés par le Saint-Esprit ne sont pas des vérités venues du ciel, mais une simple interprétation de certains faits religieux, qui répond aux évolutions des consciences, et qui le plus souvent contredit les détails relatés dans

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les Écritures ; ils ont enseigné qu'il fallait s'en tenir au sens pratique des dogmes et y chercher non des règles de croyance, mais des préceptes de conduite ; tout au plus ont-ils concédé qu'ils voulaient bien, afin de n'être pas répréhensibles, ne point nier les dogmes eux-mêmes, tout en posant des prémisses desquelles il résulte qu'ils sont et foncièrement faux et historiquement incertains.

Concluant contre les sacrements, les novateurs les ont considérés comme des institutions imaginées en vue de rappeler à l'esprit des hommes la présence, la grandeur et les bienfaits de Dieu. Ainsi la communauté chrétienne fit du baptême un rite obligatoire, par lequel on était agrégé dans la chrétienté ; la confirmation ne fut pas distinguée du baptême dans les premiers temps du christianisme, et rien ne prouve que le rite de ce sacrement ait été employé par les apôtres; la pénitence, cette réconciliation du pécheur avec Dieu par l'autorité de l'Eglise, a été, elle aussi, tardivement mise en vigueur, et quand on lui applique les paroles de saint Jacques, on ©ublie que cet apôtre avait l'intention non de promulguer un sacrement, mais de recommander une pieuse pratique ; l'eucharistie a été l'idéalisation de la cène chrétienne, et, à mesure que celle-ci prit la forme d'une action liturgique, ceux qui avaient l'habitude de la présider acquirent le caractère sacerdotal; quant aux sacrements de l'Ordre et du mariage, c'est par une évolution lente qu'on fut amené à les établir. Il est manifeste que la théorie des sacrements fut un corollaire à la théorie de la grâce. Il y a là toute une série de constructions doctrinales dont on peut suivre la trace, en y voyant tout au plus des développements d'un petit germe caché dans l'évangile.

Concluant contre l'Église, les novateurs ont dit qu'il

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