LE YOLTAIRIANISME MODERNISTE ET LA PAPAUTÉ
n'a pas été dans la pensée du Christ de constituer une société religieuse destinée à durer sur la terre pendant une longue suite de siècles, vu qu'il annonçait la fin imminente du monde et l'avènement prochain du règne de Dieu ; ils ont démontré que la constitution organique de l'Eglise n'est pas immuable, et que lasociété chrétienne est sujette, comme toutes les sociétés humaines, à une perpétuelle évolution ; ils ont constaté que Simon Pierre ne soupçonna jamais que la primauté lui eût été conférée dans l'Eglise par le Christ, et que l'Eglise de Rome était devenue la tête de toutes les Eglises, non par une ordonnance divine, mais par un enchaînement de circonstances purement politiques.
Concluant contre toute orthodoxie, les novateurs ont remarqué que le Christ, au lieu d'établir un corps de doctrines déterminé, n'a fait que provoquer un mouvement religieux comportant diverses adaptations selon les temps et les lieux; qu'il ne saurait y avoir de dogmes immuables, pas plus que n'est immuable l'homme luimême ; que la doctrine chrétienne se confondit d'abord avec le judaïsme dont Jésus resta le scrupuleux adepte, et devint successivement paulinienne avec saint Paul, johannique avec saint Jean, hellénique avec les pères grecs disciples de Platon ; que le catholicisme traditionnel, foncièrement anti-scientifique, défend mal la morale de l'évangile, par cela même qu'il demeure attaché à des doctrines incompatibles avec le progrès moderne ; que seul enfin un christianisme non dogmatique peut réconcilier la religion avec les vérités de la science et la liberté des consciences.
La dialectique nuageuse et contradictoire des théolo-
giens modernistes ramène le christianisme aune collection de symboles, tirant leur valeur de ce que la réalité divine, essentiellement inconnaissable , s'y trouve figurée, et de ce que la foi, besoin vital de l'humanité, puise en eux les forces vives nécessaires pour l'ascension continue de l'âme dans la piété et dans la vertu.
A les en croire, l'efficacité des formules consacrées est établie par l'expérience personnelle. C'est cette efficacité qui nous persuade de leur vérité et crée en nous une certitude religieuse, s'accommodant d'ailleurs de toutes les données nouvelles qu'implique l'inévitable évolution des idées et des consciences.
Quelles ne sont pas les bonnes intentions de ces croyants incrédules ! Ils se défendent d'avoir rien de commun avec les protestants et les libres penseurs ; ils se donnent pour des catholiques sincères qui entre- s prennent d'émonder le vieil arbre du catholicisme et de l'incliner, pour son salut, vers les directions de la pensée nouvelle.
Ranimer l'esprit religieux en comblant l'abîme qui sépare le catholicisme de la science, voilà le but à atteindre. Leur zèle prétend ôter à la religion tous ses côtés faibles, de telle sorte que les coups de la critique la trouvent invulnérable. Ils ont à cœur de retenir dans le giron de l'Eglise rajeunie cette foule d'esprits, à la fois dociles et curieux, qui sont partagés entre leur désir de rester fidèles au culte traditionnel et leur répugnance pour les énormités auxquelles on leur prescrit de croire.
On comprend que, du haut de leur doctrinarisme quintessencié, ces théologiens subtils, résolus à se proclamer catholiques malgré tout, stigmatisent comme