LE VOLTAIRIANISME MODERNISTE ET LA PAPAUTÉ
tout à fait superficielles les objections de Voltaire et des critiques venus après lui, sous ce prétexte qu'il a fallu que renseignement divin s'adaptât aux temps et aux milieux. Avouons-le : ils ont réussi à discréditer les conclusions naturelles du sens commun parmi les gens qui se piquent de bon ton, et à leur faire flétrir, comme entachées de mauvais goût, les censures des exégètes osant donner raison à la raison.
Pour les serfs de Rome, le tort des modernistes est de ne pas assez croire et de trop chercher à comprendre. Pour les esprits libérés, leur tort est de trop croire et de ne pas assez reconnaître les conséquences de ce qu'ils comprennent.
Faisant violence aux vérités qu'ils découvrent en vue de les accommoder à leur foi, relâchant la chaîne qui lie les âmes mais les voulant enchaînées, ils compromettent la religion et trahissent la science.
Le symbolisme ajouté à l'évolutionnisme facilite toutes les contradictions et fait du modernisme le rendez-vous de toutes les hérésies réprouvées parles conciles et par les papes.
On s'étonne que les théologiens modernistes s'acharnent à se proclamer catholiques, en dépit des suggestions contraires de la science et de l'histoire dont ils prétendent ne méconnaître aucunement la portée ; on s'étonne encore plus qu'ils s'obstinent à ne pas voir que, de fait, les schismatiques grecs et les protestants non libéraux sont beaucoup plus voisins de l'orthodoxie catholique qu'ils ne le sont eux-mêmes.
Epiloguer comme ils le font sur les articles de foi, c'est doubler l'incrédulité d'une hypocrisie. Ils renient
le credo et ils se piquent d'y rester fidèles au prix de sophistications qui le dénaturent.
Rendons ici hommage au plus éminent des modernistes français, à l'abbé Loisy, qui, après des crises d'âme dignes de respect, a fini par renoncer à se réclamer du catholicisme, pour demeurer sincère avec lui-même et avec ses lecteurs.
Le Vatican, essentiellement ennemi des nouveautés, ne pouvait que lancer ses foudres contre des novateurs téméraires.
Selon Rome, la curiosité scientifique doit se subordonner aux exigences de la théologie ; la raison doit abdiquer devant la tradition. Quand l'Eglise a défini les dogmes, elle en a fixé le sens pour l'éternité. Quiconque altère, travestit, dénature la doctrine expresse qu'elle déclare avoir reçue de son divin fondateur, commet un attentat sacrilège.
Sur ce point, Pie X n'a pas de peine à démontrer qu'il est en communion d'idées non seulement avec l'ensemble des conciles œcuméniques, non seulement avec les Grégoire XVI et les Pie IX, mais même avec le très conciliant Léon XIII, pour qui maints catholiques priaient, en se disant tout bas qu'il aurait mérité d'être excommunié à cause des excès de son libéralisme. L'intransigeance est ici commune à tous les papes.
Donc, à la date du 8 septembre 1907, Pie X, parlant ex cathedra, a adressé aux patriarches, archevêques et évêques du monde entier, un document qui, aux yeux de tout catholique sincère et non inconséquent, est l'expression infaillible de la Vérité divine.
Le souverain pontife y signale les modernistes comme des hommes au langage pervers, des séducteurs impré-