‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 112 sur 257 · VOLTAIRE ET LES VOLTAIRIENS · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET LES VOLTAIRIENS

On ne dira jamais tout le bien qu'a fait Voltaire, le défenseur de tous les persécutés, le bienfaiteur des ouvriers de Ferney et des paysans de Saint-Claude, le père adoptif de la nièce de Corneille, l'ami de Vauvenargues et de Turgot.

Mais on doit à la vérité de reconnaître que ce grand homme manqua trop souvent de dignité et accomplit maints actes coupables. Voltaire est odieux quand il salit et ridiculise Jeanne d'Arc, la noble héroïne en qui vécut un jour l'âme de la France1; quand il refoule tout patriotisme pour se montrer le plat courtisan de Frédéric devant qui il tremble, dit-il, comme les régiments français à Rosback; quand il fait ou défait des grands hommes selon les besoins de son très irritable amour-propre ; quand il profane de son rire amer les choses les plus sacrées, comme le martyre, partout et toujours respectable, et dit, par exemple, au sujet de saint Denis et de ses compagnons : « On leur coupa la tête, et le lendemain ils ne dirent plus la messe » ; enfin, quand il essaie de donner le change sur ses vrais sentiments par d'hypo-

1. Tout en flétrissant le crime de lèse-patrie commis par Voltaire, avec la complicité de la plupart de ses contemporains, il faut reconnaître ce fait trop ignoré : quand il ne se jouait pas dans un poème, où sa prétention de devenir l'émule de l'Arioste l'amenait à abuser de cette licence de déraisonner, concédée de tout temps aux poètes d'après le bon Horace, quand il faisait œuvre d'historien, l'auteur de La Pucelle exaltait Jeanne d'Arc et proclamait que, si elle avait vécu chez les anciens, ils lui auraient dressé des autels. Dans la Henriade, comme dans l'Essai sur les mœurs et V esprit des nations, il glorifie l'immortelle libératrice, qui rendit le royaume à son roi et la France aux Français,

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