‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 113 sur 257 · VOLTAIRE ET LES VOLTAIRIENS · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET LES VOLTAIRIENS

crites palinodies dignes d'Escobar, qu'il avait pu étudier chez les jésuites, ses maîtres.

Voltaire est un frondeur incomparable. Nul n'enseigne aussi bien à ne pas être dupe des prestiges mensongers qu'encense l'opinion. Toutes ces grandeurs que la foule regarde de si bas, lui les aborde de front, les déshabille et en montre le néant. Mais l'esprit de moquerie, porté trop loin, a ses dangers; il tarit les sources fécondes de l'admiration et désapprend le respect.

Il y a toute une espèce de gens qu'on appelle et qui s'intitulent voltairiens. Or, il arrive que les voltairiens discréditent Voltaire par l'exagération de ses défauts et par l'absence de ses qualités.

Pour s'inspirer de l'esprit de Voltaire, il ne s'agit pas d'avoir un mince fond de sérieux, d'abonder en railleries et d'affecter le scepticisme ; il faut surtout être dévoré de son ardente soif du progrès ; il faut ressentir cet enthousiasme du bien qui lui faisait écrire à Vauvenargues : « Que ne vous ai-je plus tôt connu ! j'en vaudrais mieux », et qui lui faisait baiser en pleurant les mains de Turgot, au lendemain de l'abolition des corvées et des jurandes; il faut avoir cette foi profonde qui lui fît dire, le jour où le grand Franklin le pria de bénir son petit-fîls : « Dieu et liberté, voilà la bénédiction qui convient au petit-fils de Franklin » ; il faut se montrer infatigable comme lui dans la lutte contre les abus, les superstitions, les intolérances de toute sorte ; il faut enfin pouvoir, comme lui, se rendre ce témoignage : « L'humanité est le principe de toutes mes pensées ».

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