PESTALOZZI ET FROEBEL DISCIPLES DE ROUSSEAU
c'est de Rousseau que se réclamera l'instituteur des instituteurs, l'immortel apôtre de la pédagogie moderne, Pestalozzi. Et avec raison. Rousseau est l'homme qui a le plus largement et le plus magistralement posé les grandes lignes du système d'éducation rationnelle auquel appartient l'avenir.
Ses compatriotes français goûtèrent surtout dans YÈmile l'irrésistible appel, renouvelé de Plutarque, à l'adresse des mères qui dédaignent de nourrir leurs enfants, puis l'éloquente profession de foi du vicaire savoyard ; mais ils remarquèrent peu ce qu'il y avait là de forte doctrine sur le développement psychologique et moral de l'être humain. C'est Kant, admirateur et disciple de Rousseau, c'est Fichte, ce sont les plus grands penseurs de l'Allemagne qui ont été les premiers à dignement apprécier YEmile et à reprendre, non sans souvent les obscurcir, les formules du philosophe genevois.
A côté d'eux, en Suisse, Pestalozzi entreprit d'appliquer et d'élargir, en y introduisant d'utiles corrections, les théories de Rousseau. Il montra comment l'éducation doit consister plus en actes qu'en discours, plus en exemples qu'en préceptes. Il considéra l'être humain non comme un entonnoir à remplir indéfiniment, mais comme un organisme physique, intellectuel et moral, dont il faut, dès le plus bas âge, ménager le développement libre et progressif. Il mit en œuvre cette méthode tout expérimentale qui, prenant pour point de départ les données de l'observation psychologique, initie graduellement l'individu au bon gouvernement de sa vie. Il enseigna à voir dans l'univers un vaste cabinet d'études, à faire de toutes choses une matière d'instruction, à se reposer d'un exercice par un autre, et à utiliser tous
les moments de Fexistence pour notre éducation intégrale et professionnelle, conformément à notre nature d'hommes et à notre fonction dans la société.
Son disciple Frœbel imagina, lui aussi, d'ingénieux moyens d'exercer utilement, dès la première heure de la vie, l'activité de l'enfant, qui est alors comme une urne destinée à garder toujours l'odeur de la première liqueur dont elle aura été imbibée. Il visa, en faisant marcher de front les enseignements pratiques les plus divers, au développement simultané de toutes les facultés dont le juste équilibre est nécessaire pour prévenir les défaillances, les erreurs et les fautes. Il chercha à convertir l'amusement en instruction par mille procédés analogues à l'usage de ces lettres en buis ou en ivoire que saint Jérôme conseillait de mettre entre les mains des enfants. Il encouragea les jeux, chose sacrée pour Pestalozzi, les jeux « où c'est la nature qui parle, dit Montaigne, et qui doivent être jugés, non comme jeux, mais comme les plus sérieuses actions des enfants » . Il enseigna ce continuel apprentissage du bien penser et du bien faire, qui est tout en action et auquel tout aide, « la sottise d'un valet, une promenade, un propos de table », comme l'avait encore remarqué Montaigne. Enfin il popularisa l'idée de ces jardins d enfants que rêvait également Montaigne, quand il regrettait que les pauvres écoliers fussent élevés dans desombresgeôles,etnonparmilesfleursetla verdure.
DIFFÉRENCES ENTRE ROUSSEAU ET LES GRANDS ÉDUCATEURS SUISSES ET ALLEMANDS
Vivons pour nos enfants ! Telle fut la maxime de ces grands éducateurs suisses. Chez eux, la pratique fut