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LES IDÉES MAITRESSES DE L'ENCYCLOPÉDIE

mais ne se laisse pas briser par la découverte des mutilations clandestines et irrémédiables qu'avaient subies dix volumes sous la main brutale d'un censeur mettant en lambeaux tous les traits de philosophie ferme et hardie qui lui semblaient dangereux; et enfin, après vingt-cinq ans de travaux, de sacrifices, de dangers, de vexations de toute sorte, il lègue à l'avenir une œuvre colossale, moitié de brique, moitié de marbre, espèce de Somme philosophique de l'âge moderne, digne d'être opposée à la Somme théologique du moyen âge, faite par saint Thomas.

LES IDÉES MAITRESSES DE l' ENCYCLOPÉDIE

Détrôner dans l'opinion commune l'esprit théologique pour mettre à sa place l'esprit philosophique et l'esprit scientifique ; ramener la philosophie des hauteurs de la métaphysique aux applications morales et sociales ; ramener la science des hauteurs de la géométrie aux applications physiques et industrielles : telle fut la tendance du xvine siècle, telle fut aussi l'idée dominante dont Diderot anima l'Encyclopédie.

Dans le magistral discours qui servit de préface à cette œuvre, d'Alembert s'était surtout réclamé de Bacon. Diderot, s'inspirant du même esprit, fit la plus large place aux questions pratiques. Rien n'égale sa prédilection pour tout ce qui touche à l'utile mise en œuvre • les forces de la nature. Il s'intéresse chaleureusement aux créations de l'industrie humaine, et, à la suite de Bacon, il fait l'apothéose des travaux mécaniques que l'antiquité avait tant dépréciés.

Ce n'est pas Diderot, si justement fier du tablier de cuir son ['ère le coutelier, qui acceptera la vieille distinc-

tion des arts libéraux et des arts serviles. Aristote, organe des préventions de ses contemporains, représentait l'apprentissage de la vertu comme « incompatible avec une vie d'artisan et de manœuvre ». Socrate, au contraire, avait eu la hardiesse de proclamer que le travail, sous ses diverses formes, ne saurait avilir. Diderot est avec Socrate contre Aristote. Il repousse ce préjugé aristocratique qui n'estime dignes d'un homme bien né que les fonctions de guerrier, de prêtre ou de courtisan ; il célèbre à l'avance la grandeur de notre siècle qui multipliera les découvertes, qui étendra à l'infini l'exploitation de la matière, et qui, dans de magnifiques Expositions, fera des fêtes du travail ses fêtes les plus belles ; il dit enfin : « Mettez dans un des côtés de la balance les avantages réels des sciences les plus sublimes et des arts les plus honorés, et dans l'autre côté ceux des arts mécaniques, et vous trouverez que l'estime qu'on a faite des uns et celle qu'on a faite des autres n'ont pas été distribuées dans le juste rapport de ces avantages, et qu'on a bien plus loué les hommes occupés à faire croire que nous étions heureux, que les hommes occupés à faire que nous le fussions en effet. Quelle bizarrerie dans nos jugements ! Nous exigeons qu'on s'occupe utilement, et nous méprisons les hommes utiles. »

Rabelais, dans son plan d'éducation, avait montré le jeune Gargantua étudiant les différents métiers en compagnie de son précepteur. Aux heures de récréation ils allaient voir comment travaillaient les métallurgistes, les orfèvres, les monnayeurs, les miroitiers, les tisserands, les imprimeurs, les teinturiers et toutes les autres sortes d'ouvriers. Diderot, à son tour, passait de.s journées dans les ateliers pour s'initier aux secrets des diverses

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