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LES IDÉES MAITRESSES DE L'ENCYCLOPÉDIE

professions; il s'instruisait à l'école des artisans et les instruisait. Après s'être fait apprenti, il devenait un maître, montrant à ses frères les ouvriers comment le travail entendu rationnellement remplace avec profit le travail routinier. Il était le Franklin français. Il s'ingéniait à donner au public l'histoire et la description des métiers les plus compliqués comme des plus simples; il montrait la nécessité de relever le rôle de l'industrie qu'il étudiait sous tous ses aspects ; véritable ami des humbles, il disait : « Les artisans se sont crus méprisables parce qu'on les a méprisés. Apprenez-leur à mieux penser d'eux-mêmes. C'est le seul moyen d'en obtenir des productions plus parfaites. »

Yoilà une des originalités de Diderot. En faisant grande la part du labeur ouvrier dans son œuvre de science et de philosophie, il a bien justifié ce nom de Pantophile que lui donnait Voltaire. Oui, il aimait tout, parce qu'il savait tout comprendre.

Il ne faudrait pas toutefois, par esprit de réaction, déconsidérer la spéculation abstraite et la création poétique. D'une part, la théorie est le tronc vivace dont on ne saurait détacher, sans les stériliser, les diverses branches de l'industrie humaine, et elle ne peut être opposée à la pratique que dans la mesure où elle demeure incomplète. D'autre part, les lettres et les arts ont un caractère propre de noblesse et de désintéressement ; mettent en lumière le côté intellectuel, le côté spirituel, le côté divin de la réalité; affranchissent les âmes du joug des choses inférieures et rendent plus humaine l'humanité. Diderot ne pouvait méconnaître cela, lui qui s'est également complu dans le domaine de la généralisation et dans le domaine de la fantaisie

DIDEROT CRÉATEUR DE l'eSTHÉTRQUE

Philosophe et artiste, Diderot a été, clans les temps modernes, l'un des créateurs de l'esthétique.

D'autres Français, Fénelon, le Poussin, le père André, avaient formulé sur l'art, et sur le beau, pure délectation de l'âme due au rayonnement de l'idéal dans le réel, de hautes vues assez voisines des conceptions spiritualistes dessaint Augustin, des Plotin etdesPlaton. Montesquieu, dans son Essai sur le goût, avait, à l'exemple de Perrault, combattu la doctrine du beau absolu et insisté sur le caractère relatif de nos jugements esthétiques. Mais c'est Diderot qui a inauguré la critique d'art, à la fois vivante et profonde, dans ses Recherches philosophiques sur l'origine et la nature du beau, dans ses Pensées détachées sur la peinture, la sculpture, 1 architecture et la poésie, dans sa Lettre sur les sourds-muets à l'usage des gens qui entendent et qui parlent, et surtout dans ses Salons, depuis si imités.

Diderot, malgré sa grande estime pour le Traité sur le beau, trouve qu'il y a lieu de corriger et de compléter la métaphysique augustinienne du père André, qui opposait au beau sensible affectant la vue ou l'ouïe le beau intelligible parlant à la raison, et qui enseignait que toute beauté a pour fondement l'ordre, pour essence l'unité. Devançant Kant et la Critique du jugement, il substitue le point de vue subjectif au point de vue objectif ; et il remarque que « ce quelque chose, par quoi la beauté commence, augmente, varie à l'infini, décline et disparaît, c'est la notion de rapports ». Il appelle donc beau hors de nous « tout ce qui contient en soi de quoi

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