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DIDEROT CRÉATEUR DE L'ESTHÉTIQUE

réveiller dans notre entendement l'idée de rapports » et beau par rapport à nous « tout ce qui réveille cette idée ».

Mais, s'il est vrai qu'il n'y a point de beauté où n'apparaissent des rapports, est-il vrai que la manifestation des rapports suffît à constituer la beauté? Pas de laideur sans disparates ; pas de beauté sans harmonie : voilà ce qu'il est seulement permis de dire.

Par cela même qu'il est avant tout frappé du caractère éminemment subjectif et relatif de nos jugements sur le beau, Diderot excelle à expliquer les variations du goût. Il le définit « une facilité acquise par des expériences réitérées à saisir le vrai ou le bon avec la circonstance qui le rend beau et à en être promptement et vivement touché ».

Le mauvais goût préfère ce qui est bizarre à ce qui est simple. Le bon goût recherche en tout le naturel. L'extraordinaire est l'appât des esprits médiocres. Evitez le convenu : soyez vrais ! telle est la leçon que Diderot donne aux artistes sous mille formes différentes.

Xon content de tailler ses récits dans le vif de la réalité et de créer le drame moderne, il fait la guerre aux procédés artificiels de la petite critique qui encourage les petites œuvres: il proscrit ce formalisme étroit qui exige, sous peine de barbarie, que toutes les productions de l'art ou de la poésie soient coulées dans un même moule classique ; il lègue au xixe siècle les premiers modèles de cette esthétique compréhensive, plus historique que didactique, qui replace les auteurs et leurs créations dans le milieu moral, politique et religieux, où leur épanouissement s'est produit. 1

Diderot en appelle constamment à la nature ; mais il ne veut pas d'un plat réalisme. Le trivial ne vaut pas mieux que le factice. Imiter la nature c'est l'interpréter.

L'œuvre d'art est le résultat d'éliminations et de rapprochements successifs. Montrés d'une certaine façon, les objets les plus vulgaires peuvent devenir des merveilles. L'artiste est un homme qui sait choisir. Il doit s'inspirer de l'idéal qui est plus vrai que toute réalité, et vivifier l'idéal par les formes expressives du réel. Les détails sont nécessaires ; mais il en faut peu, et il les faut caractéristiques. « Un seul trait, un grand trait, disait Diderot; abandonnez le reste à mon imagination, voilà le vrai, le grand goût. »

Il définissait la peinture « Fart d'aller à l'âme par l'entremise des yeux ». Volontiers il aurait répété, à la suite de son ami Chardin : « Ce n'est pas avec la couleur qu'on peint, mais avec le sentiment. » Il remarquait lui-même que, si la couleur attire, c'est l'action seule qui attache, et il caractérisait à merveille cette émotion intime et durable, qui est comme l'empreinte profonde que les œuvres vraiment belles laissent en nous : « Je m'arrête devant un morceau de peinture. Si la première sensation que j'en reçois va toujours s'affaiblissant, je le laisse. Si au contraire plus je le regarde plus il me captive, si je ne le quitte qu'à regret, s'il me rappelle quand je l'ai quitté, je le prends. »

Mais comment bien parler d'art, si l'on n'est pas du métier ? A cette objection, Diderot répondait : « Dans toute imitation de la nature, il y a le technique et le moral. Le jugement du moral appartient à tous les hommes de goût; celui du technique n'appartient qu'aux artistes. »

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