‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 173 sur 257 · DIDEROT PRÉCURSEUR LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

DIDEROT PRÉCURSEUR LITTÉRAIRE

Pour la partie technique, Diderot consultait les artistes. Chardin et Falconnet, bien plus que Grimm et l'abbé Galiani, firent l'éducation de ses yeux. Pour le reste, il s'inspirait de son large esprit.

Ceux qui savent le mieux faire ne sont pas ceux qui savent le mieux comprendre. Il n'y a pas de belle œuvre sans idée ; et pourtant l'artiste ne travaille pas d'après des idées. L'idée est chose abstraite, et la production artistique est essentiellement concrète.

Il suit de là que Fauteur d'un admirable tableau, ayant à expliquer ce qu'il a fait, l'expliquera beaucoup moins bien qu'un grand critique, inhabile à tenir le pinceau.

Diderot est ce grand critique. Il s'entend à juger de l'effet produit, parce qu'il s'est habitué à analyser, à comparer, et à remonter aux causes.

Explorant, sans esprit de système, tout le domaine de l'esthétique, Diderot a étudié et distingué les moyens d'expression des beaux arts et des belles lettres; il a essayé d'expliquer la mystérieuse poésie du verbe humain : il a observé ce dédoublement de notre être qui est le principe du plaisir esthétique et qui fournit une réponse à cette question posée précisément par luimême dans ses Observations sur Fart dramatique : « Puisque j'ai du plaisir, qu'ai-je à pleurer? Et si je pleure, comment se fait-il que j'aie du plaisir? »

Page 1