DIDEROT PRÉCURSEUR LITTÉRAIRE
Il y a chez Diderot, si débordant de sève, un alliage île réalisme et d'idéalisme, dont maints génies, Gœthe tout le premier, ont subi l'influence.
N'a-t-il pas prophétisé le mouvement littéraire qui suivit la chute de l'empire, Fauteur de ces lignes : « Quand verra-t-on naître des poètes? Ce sera après les temps de désastres et de grands malheurs, lorsque les peuples harassés commenceront à respirer. » Alors, selon lui, les imaginations, ébranlées jiar des spectacles terribles, ouvriront des horizons nouveaux à la poésie.
Si, dans les Rêveries de Rousseau, on trouve le germe des Méditations de Lamartine, ne rencontre-t-on pas chez Diderot des pages dont s'est inspiré le lyrisme de Musset?
Ecoutez le poète du Souvenir :
Oui, les premiers baisers, oui, les premiers serments Que deux êtres mortels échangèrent sur terre, Ce fut au pied d'un arbre effeuillé par les vents, Sur un roc en poussière.
Ils prirent à témoin de leur joie éphémère Un ciel toujours voilé qui change à tout moment, Et des astres sans nom que leur propre lumière Dévore incessamment.
Tout mourait autour d'eux...
Et sur tous ces débris joignant leurs mains d'argile, Étourdis des éclairs d'un instant de plaisir, Ils croyaient échapper à cet Etre immobile Qui regarde mourir!
— Insensés ! dit le sage. — Heureux ! dit le poète...
Impossible de ne pas voir là une transcription de ce passage de Diderot : « Le premier serment que se firent deux êtres de chair, ce fut au pied d'un rocher qui tombait en poussière. Ils attestèrent de leur constance un ciel qui n'est pas un instant le même. Tout passait en