LA MISSION DE L'ART SELON DIDEROT
eux, autour d'eux, et ils croyaient leurs cœurs affranchis des vicissitudes. 0 enfants! toujours enfants ! »
LA MISSION DE l'aRT SELON DIDEROT
Diderot assigne àl'art la mission la plus haute. Malgré certaines exagérations sur le rôle dû à l'élément moral, il ne songe pas à convertir les artistes ou les poètes en purs moralistes; mais il souhaite que leurs œuvres concourent avec les lois pour nous faire aimer la vertu et haïr le vice.
A la suite de Boileau qui a dit :
Le vers se sent toujours des bassesses du cœur,
Diderot n'admet pas qu'on puisse avoir le gotit sain quand on a le cœur corrompu. Il préconise la dignité, la chasteté de l'art.
Tant s'en faut pourtant qu'il se soit souvenu de ses beaux préceptes dans certaines de ses œuvres, vraiment cyniques. Ce n'est pas lui qui aurait pu se rendre le témoignage que se rendait justement le sage Fontenelle quand il disait : « J'ai quatre-vingts ans; je suis Français; et je n'ai pas donné dans toute ma vie le plus petit ridicule à la plus petite vertu. »
Croirait- on que c'est l'auteur des Bijoux indiscrets, de Jacques le fataliste et du Supplément au voyage de Bougainville, qui adresse cette apostrophe aux littérateurs et aux artistes : « Si un jeune cœur innocent avait été écarté du chemin de la vertu par quelques-unes de vos productions, n'en seriez-vous pas désolés ? »
Il rêve d'un temps où la sculpture et la peinture, plus décentes et plus morales, viseraient à inspirer la vertu
et à épurer les mœurs. Il veut que toutes les influences de l'école et de la cité tendent à diriger l'esprit des beaux-arts vers un but utile et honnête.
Faire l'éloge du vrai, du beau, du bien, est notre pente naturelle ; et il est rare, selon lui, qu'un vrai grand homme fasse un ouvrage déshonnête.
Sans doute, Diderot serait fâché que La Fontaine n'eût pas écrit ses contes : mais il aime mieux de tous points ses fables qui ne lui causèrent jamais aucun remords. Il va jusqu'à vouloir que les poètes mettent en lumière, dans une suite de péripéties émouvantes, les vices des mauvaises lois et les bienfaits des bonnes lois. Pas de loi, à ses yeux, qui ne puisse fournir le sujet d'une tragédie historique ou fictive.
Les artistes ont une force persuasive qui vient de ce qu'ils parlent à l'âme tout entière et montrent ce que les raisonneurs essaient de démontrer . Moins ils se posent en sermonneurs, plus ils agissent. « Ce n'est pas dans l'asile de la contrainte, du respect, de l'ennui, du solennel, du sérieux, que les hommes s'instruisent. Les uns n'y vont pas, les autres s'y endorment. C'est dans les rendezvous de la liberté, de l'amusement, du plaisir. C'est là qu'ils sont intéressés, qu'ils rient, pleurent, écoutent, retiennent, emportent et redisent entre eux les choses qu'ils ont retenues. »
Les idées de Diderot sont aujourd'hui celles du grand Tolstoï, dont les compositions originales tendent par l'amusement à la moralisation. Pour lui aussi, l'art est un organe vital de l'humanité, transportant dans le domaine du sentiment et de la fantaisie les conceptions de la raison ; faisant germer par d'ingénieuses inventions les semences de justice, d'amour et de fraternité ; tra-