DIDEROT APOTRE DE LA DIGNITÉ DE L'ARTISTE
vaillant à l'accord harmonieux de toutes les volontés, dans une sphère supérieure à celle où nous emprisonnent les appétits et les intérêts.
DIDEROT APÔTRE DE LA DIGNITÉ DE h ARTISTE ET DE L'HOMME DE LETTRES
En même temps que la dignité de l'art, Diderot préconise la dignité de l'artiste et de l'homme de lettres. Ses idées sont celles de son ami d'Alembert, qui excitait poètes et artistes à se contenter d'un morceau de pain et à rester libres ; qui assignait aux hommes de lettres cette noble devise : liberté, vérité, pauvreté ; qui lui-même eut le fanatisme de l'indépendance.
Diderot ne tarit pas de sarcasmes contre ces écrivailleurs qui courent les antichambres, promènent de table en table leurs productions, se font les pensionnaires faméliques de quelques enrichis bouffis d'embonpoint et de sottise, perdent leur temps, gaspillent leur talent, ravalent leurs personnes, et se condamnent à la médiocrité.
Dans son chef-d'œuvre, Le neveu de Rameau, il a buriné en traits immortels la figure à la fois tragique et bouffonne d'un artiste génial, consumé de privations et de convoitises, fait à toutes les hontes pour résoudre le problème du pain quotidien, grand encore dans son irrémédiable abaissement.
En ce prestigieux bohème revivent les misères et les humiliations dont Diderot avait pu lui-même faire l'expérience.
Les mœurs littéraires, sous l'ancien régime, étaient
bien inférieures aux mœurs littéraires qui ont prévalu depuis la Révolution.
Au xvne siècle, les épîtres dédicatoires, qui auraient dû n'être jamais inspirées que par l'affection, étaient dictées par le plus vil intérêt. Le grand Corneille se faisait bassement tout petit devant un Montauron riche d'écus; et La Fontaine, dans une épître au duc de Vendôme, dominait le spectacle d'un vieillard de soixante-huit ans quémandant quelque argent pour se payer des « Jeannetons ».
Au xvme siècle aussi, les écrivains et les artistes étaient volontiers des parasites. Faveurs et pensions étaient achetées au prix des plus méprisables flatteries.
Rousseau essaya de secouer le joug de cette servitude vis-à-vis des grands, qui était la honte de la littérature; il conseilla la pratique d'une profession manuelle comme la sauvegarde de l'indépendance individuelle : il fît entrer dans l'éducation de tous, même des gentilshommes, l'apprentissage d'un métier, et il voulut lui-même trouver son gagne-pain dans la besogne ingrate de copiste de musique. Mais son manque d'énergie fît quand même de cet ours un perpétuel protégé, toujours grondeur et toujours assujetti.
Diderot, encore plus que Rousseau, répugna toujours à prendre des attitudes et à s'agenouiller devant ces altesses auxquelles il disait fièrement : « Les philosophes ne sont rien aujourd'hui ; mais ils auront leur tour. »
L'un et. l'autre n'eurent garde d'adopter la double maxime par laquelle un Fontenelle savait se rendre agréable à tous : Tout est possible ; et tout le inonde a raison.