DIDEROT APOLOGISTE DES PASSIONS
Un point où Diderot ne varie point, c'est dans son énergique protestation contre l'ascétisme religieux.
Aux mystiques, qui convertissent la vie en une morl anticipée, il oppose l'apologie des passions. Si les passions causent toutes nos peines, elles sont aussi la source de tous nos plaisirs. Vouloir les détruire, c'est vouloir ne rien sentir et ne rien aimer; c'est vouloir devenir un monstre. Vouloir qu'elles soient toujours sobres, c'est vouloir dégrader les hommes supérieurs et multiplier les hommes communs.
Selon Diderot, quiconque n'oublie pas son intérêt propre pour le bien public ou pour le bien d'un ami ne saurait manquer de sentir qu'il pourrait faire mieux et doit s'estimer moins de n'avoir pas la force de se sacrifier. « Si j'attends l'ennemi, quand il s'agit du salut de ma patrie, je ne suis qu'un citoyen ordinaire... De même, mon amitié n'est que circonspecte, si le péril d'un ami me laisse les yeux ouverts sur le mien. »
Pourquoi redouter les passions fortes ? Il n'y a rien à en craindre, du moment où on établit entre elles une juste harmonie; et c'est par elles qu'on est porté au grand.
« On a tort, déclare Diderot, de s'en prendre aux passions des crimes des hommes : c'est leur faux jugement qu'on doit accuser. Les passions nous inspirent toujours bien, puisqu'elles ne nous inspirent que le désir du bonheur ; c'est l'esprit qui nous conduit mal et nous fait prendre de fausses routes pour y parvenir. C'est la raison, et non la nature qui se trompe. » Voilà de ces