L'AVENIR ET LA MÉTHODE DE LA SCIENCE, SELON DIDEROT
Diderot avait l'esprit trop inquiet pour s'endormir tranquillement dans le lit de ]a tradition. Il était de ceux qui songent et qui cherchent.
S'il était attiré par les questions politiques, il Tétait encore plus par les grands problèmes de la philosophie spéculative. C'est ici que Diderot déploie ses larges ailes et qu'il plane bien au-dessus des Rousseau, des Montesquieu et des Voltaire.
Ce n'est pas qu'on trouve chez lui une doctrine bien déterminée. Il est fécond en aperçus; mais il abhorre les systèmes. Fi des fabricants d'hypothèses qui soufflent leurs bulles de savon à la foule puérile ! Diderot leur préfère ces sages qui, comme Socrate, s'occupent, sans parti pris, de forger des têtes, et des cœurs.
A ses yeux, le commencement de la philosophie consiste à être incrédules, c'est-à-dire à secouer ces préjugés qui font que « la vérité trouve à l'entrée de nos crânes un Platon, un Aristote, un Epicure, unZénon, en sentinelle et armés de piques pour la repousser ».
Dans ses opuscules sur les sourds-muets et sur les aveugles, envisageant les effets produits soit par le manque du sens de l'ouïe, soit par le manque du sens de la vue, il fait voir tout ce qu'il y a de relatif dans nos connaissances, et ses sagaces analyses devancent le criticisme de Kant.
Aux métaphysiciens, dont le vaste édifice ne porte sur rien, il montre la marche lente et sûre de l'expérience.