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LE POSITIVISME DE D'ALEMBERT

avec le génie philosophique. Aussi fut-il en quelque sorte l'oracle des d'Alembert, des La Mettrie et des d'Holbach, à la fois savants et philosophes.

D'Alembert, géomètre avant tout, concevait que l'ensemble des phénomènes de l'univers doit se réduire à un fait unique ; mais il ne voyait rien de bien clair en dehors des sciences exactes, et il admettait que « presque sur tout on peut dire tout ce qu'on veut ».

Il tendait toutefois à excepter la morale, qu'il avait à cœur de séculariser ; et il exaltait l'amour de l'humanité en le faisant reposer sur l'amour éclairé de nous-mêmes.

Chez d'Alembert, il y a le personnage officiel, réputé le premier des mathématiciens, devenu populaire dans toute l'Europe par sa science et ses talents, nullement suspect d'esprit révolutionnaire ni en religion ni en politique, choisi pour cela même par Diderot comme l'homme le plus propre a présenter au public l'Encyclopédie, et écrivant ce discours préliminaire où, dans un tableau généalogique des sciences, des arts et des industries, il tire des lois de la formation de nos idées une remarquable synthèse des connnaissances humaines et raconte leur histoire depuis la Renaissance jusqu'au milieu du xvine siècle, sans rien dire qui puisse froisser les tenants de la religion révélée ou du gouvernement établi.

A coté du personnage officiel, du très circonspect académicien, il y a le penseur, qui nous est surtout dévoilé par sa correspondance, et dont c'est le propre d'avoir été le premier des positivistes.

D'Alembert renie nettement toute théologie et toute métaphysique. Selon lui, théologiens et métaphysiciens

enferment les esprits dans un cercle de ténèbres, font obstacle aux progrès de la raison, et jettent les semences du plus pernicieux fanatisme. Sur les problèmes touchant aux principes des choses, il n'y a de parti raisonnable que le scepticisme.

« La devise de Montaigne : Que sais-je ? me paraît, écritil au roi de Prusse, la réponse qu'on doit faire à presque toutes les questions » .

Pourquoi se laisser duper par des systèmes qui flattent l'imagination sans satisfaire la raison? Dire non ne semble pas plus sage que de dire oui. Il n'y a qu'à avouer qu'on n'y voit pas clair et à se persuader que, si on ne sait pas, c'est que sans doute, il ne nous importe pas de savon. Nous voilà bien loin de Pascal .

D'Alembert montre en particulier que nous ne pouvons concevoir ni un être qui a toujours existé, ni un être qui commence à exister.

Locke avait dit qu'en poussant leurs recherches au delà de leur capacité naturelle, les hommes ne font que s'abandonner « sur un vaste océan où ils ne trouvent ni fond, ni rive » et finissent par s'engager dans un parfait pyrrhonisme. Littré dira d'après Auguste Comte : « L'immensité est un océan qui vient battre notre rive et pour lequel nous n'avons ni barque ni voile. » D'Alembert dit de son côté : « L'univers n'est qu'un vaste océan sur la surface duquel nous apercevons quelques îles plus ou moins grandes dont la liaison avec le continent nous est cachée ».

Pour lui, notre science revient à discerner un je ne sais quoi procédant, nous ne savons comment, d'un autre je ne sais quoi, ou peut-être d'un je ne sais qui.

Dès lors, s'il n'admet pas qu'on prétende prouver

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