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LE THÉISME DE LOCKE

Locke disait souvent que la science des mœurs pourrait se démontrer mathématiquement. Mais, pressé par ses amis d'écrire cette morale scientifique sur laquelle il déclarait avoir beaucoup médité, il s'en excusa, alléguant son âge et ajoutant qu'on n'en avait pas besoin puisqu'on avait l'Evangile. Jésus et son enseignement lui inspiraient, comme plus tard à Rousseau, un pieux enthousiasme. A la fin de sa vie, qu'il avait embellie des plus hautes vertus, ce sage écrivait à son ami Collins que notre suprême joie est le souvenir du bien accompli.

D'après Locke, chacun désire être heureux, et il est impossible de ne point le désirer. Par cela même, les plaisirs physiques ou moraux nous attirent; la douleur nous répugne. L'art du législateur consistera donc à intéresser les hommes au bien, et la science du devoir devra se confondre avec la science du bonheur.

Quant à Dieu. Locke professe que nous n'en avons aucune espèce d'intuition, mais que nous parvenons, en considérant la nature et surtout notre être, à nous démontrer son existence. Puisque nous sommes, Dieu est.

Mais gardons-nous de prétendre pénétrer les attributs de Dieu ou scruter ses desseins. Dans toutes les spéculations de cet ordre, notre esprit sort des bornes que lui trace sa médiocrité naturelle.

De même pour l'immortalité de l'âme, Locke pense que, comme tous les problèmes qui concernent le monde divin, cette question est entourée d'obscurités profondes, et, tout en signalant des vraisemblances favorables, il n'estime pas que, parle raisonnement, on arrive là-dessus à aucune certitude.

Voilà comment Locke associe au théisme le dédain des spéculations métaphysiques et l'aveu de nos ignorances. La plupart des penseurs du xvur9 siècle suivront son exemple.

Tout en reconnaissant que la foi en Dieu et en l'immortalité ne comporte pas de démonstration mathématique, Locke estime que pratiquement elle s'impose à nos consciences. Il condamne les négateurs de la divinité et de la vie future. Après quoi, comme Kant le fera plus tard et plus hardiment, il recherche ce que doit être la religion contenue dans les limites de la raison. C'est là , l'objet de' son traité du Christianisme raisonnable, dont Rousseau devait s'inspirer en écrivant la Profession de foi du vicaire savoyard.

Pour adhérer à une doctrine qui se dit révélée, enseigne Locke, chacun est en droit d'exiger qu'elle concorde avec la religion naturelle et n'affirme rien qui soit visiblement invraisemblable. Un dogmatisme contraire à la raison ne souffre pas l'examen.

Ces fondements une fois posés, le philosophe anglais recherche si, à la lumière du sens commun, il ne serait pas possible d'adopter une espèce de confession de foi chrétienne assez large pour rallier toutes les âmes pieuses.

Quand il eut mission de donner des lois à la Caroline,

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