PASCAL ET SON PYRRHONISME RELIGIEUX
Locke, tout en ouvrant largement la porte à toutes les religions, crut devoir exclure les athées. C'était sa conviction, conviction outrée, que les promesses, les contrats, les serments, qui sont le lien de la société humaine, n'ont pas de prise sur les négateurs de l'existence de Dieu.
Rousseau et Robespierre se montreront ses disciples. Pour eux comme pour lui, professer l'athéisme c'est s'avouer insociable.
Décidément, la pleine tolérance est difficile et rare.
Les considérations pratiques tiennent une grande place dans la pensée de Locke, et c'est par elles qu'il est conduit à étendre le domaine de la croyance fort au delà du domaine de la science. En cela il ressemble bien à la plupart des philosophes de son pays. Us ont essentiellement l'esprit positif. Ce positivisme se traduit par un scepticisme plus ou moins mitigé en métaphysique, et par un dogmatisme plus ou moins libéral en théologie.
Foncièrement empiriques, ils tendent à renfermer la philosophie dans le cercle des faits qui se laissent voir et toucher. Pour lapartd'inconnuqui subsiste, leurutilitarisme adresse les esprits à la religion. Celle-ci demeure chargée de l'intime discipline des âmes. Ne pas faire des réserves en sa faveur semblerait indécent et impolitique.
Tout autre est le caractère aventureux, frondeur et idéaliste de l'esprit français.
pascal et son pyrkhonisme religieux
Le caractère, les passions et les mœurs des hommes avaient été, en France, l'objet de profondes analyses,
durant le siècle des Molière, des Corneille, des Racine, des La Fontaine, des Boileau, des Pascal, des La Rochefoucauld, des La Bruyère, des Bossuet, des Fénelon, des Bourdaloue. Mais les questions sociales avaient été généralement laissées dans l'ombre. « A un homme né chrétien et français, disait La Bruyère, les grands sujets sont interdits. » En effet, ni en matière religieuse, ni en matière politique, il n'était permis de penser librement. Il fallait faire écho à la tradition, ou se taire.
Pourtant, parmi les beaux génies de cette époque, il s'en trouva un qui osa côtoyer les abîmes. C'était Pascal. N'insinuait-il pas que beaucoup de chrétiens ne sont chrétiens que pour suivre le train de leurs pères, si bien qu'ils seraient d'excellents mahométans si la naissance et la coutume les avaient faits mahométans comme elles les ont faits chrétiens? Ne poussait-il pas ce grand cri : « Le silence éternel des espaces infinis m'effraye » ? Ne jetait-il pas cette plainte lugubre : « Le dernier acte est toujours sanglant, quelque belle qu'ait été la comédie en tout le reste. On jette de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais » ? N'admettait-il pas que le « pyrrhonisme est le vrai » ; que « les prophéties, les miracles même et les preuves du christianisme ne sont pas de telle nature qu'on puisse dire qu'ils sont absolument convaincants »; que les chrétiens professent une doctrine dont ils ne peuvent rendre raison, et que « la religion n'est pas certaine »? Ne faisait-il pas remarquer que ce qui conserve les religions, c'est l'absence d'examen, et que ceux qui se mettent à songer « se défont des fausses religions et de la vraie même, s'ils n'y trouvent des discours solides »? Ne riait-il pas de l'erreur des philosophes qui prétendent qu'il n'y a qu'à regarder