PASCAL ET SON PYRRHONISME RELIGIEUX
pour voir Dieu à découvert? Ne disait-il pas que les merveilles de la nature, le cours des planètes, le ciel et les oiseaux ne prouvent pas Dieu; que les preuves métaphysiques ne sont pas moins dépourvues d'efficacité que les preuves physiques ; qu'enfin, avec nos lumières naturelles, nous sommes incapables de connaître ni ce qu'est Dieu, ni s'il est? Ne faisait-il pas de Dieu et de l'immortalité la matière d'un pari; et à l'incrédule qui avoue que parier pour une autre vie est le meilleur parti, mais se plaint d'avoir les mains liées et la bouche muette, et d'être fait de telle sorte qu'il ne peut croire, n'adressait-il pas cette réponse : « Faites comme si vous croyiez; prenez de l'eau bénite; faites dire des messes : naturellement, cela vous fera croire et vous abêtira. — Mais, dites-vous, c'est ce que je crains. — Et pourquoi? Qu'avez-vous à perdre? »
Il est vrai, pour la logique audacieuse de Pascal, les obscurités témoignent en faveur de la vérité, et l'impossibilité de prouver est elle-même une preuve. A ses yeux, l'impuissance du dogmatisme implique que le doute est notre état naturel; la nécessité du doute implique que le péché est notre état originel; l'inhérence du péché appelle le secours de la grâce au profit des prédestinés, et ainsi se trouve fondé le catholicisme que résument Adam et le Christ, la chute et la rédemption.
Mais quel jeu dangereux jouait Pascal ! Ne s'exposait-il pas à ce que beaucoup d'esprits fissent deux parts dans son argumentation, adoptassent celle où il soutient que les doutes sont inévitables et rejetassent celle ou il soutient que ces doutes sont uniquement explicables par la vérité même du catholicisme?