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L'ILLUMINÉ SAINT-MARTIN

Dans le même temps où vivait le génial Swédenborg, Martinez Pasqualis était à la tête d'une secte d'illuminés livrés aux folies de la théurgie ; et parmi ses disciples se trouvait Saint-Martin d'Amboise qui, dans ses livres sur le Principe universel de la science, sur les Rapports existant r ntre Dieu, l'homme et V univers, sur le Nouvel homme, surYEsprit des choses, s'inspire de Jacob Bœhm1. représenté comme la plus grande lumière du monde.

Saint-Martin voit en nous le vivant miroir de la nature ; reconnaît en tout l'esprit présent et agissant ;

1. Je rne borne à nommer ici Jacob Bœhm, ayant parlé de lui dans le livre IIe de La Pensée moderne, de Luther à Leibniz.

veut qu'on explique les choses par l'homme, non l'homme par les choses; et associe les insanités les plus bizarres aux pensées les plus hautes.

Ce généreux mystique voudrait réveiller les consciences endormies et faire revivre l'empreinte du sceau divin dans les milliers d'âmes en qui la bestialité a étouffé l'humanité. Par quel moyen ? Par un renouvellement des cœurs rouverts au pur amour et emportés sur ses ailes frémissantes vers un idéal supérieur.

Vienne le temps où l'humanité régénérée vivra de cette vie vraiment chrétienne qui est toute liberté, toute justice, toute charité, toute joie, et que sophistiquent également les ascètes avec leurs disciplines moroses, les théologiens avec leurs dogmes étroits, les dévots avec leurs pratiques superstitieuses !

Les pauvres politiciens comptent, soit sur les coups de la force, avec Hobbes, soit sur les conventions d'un contrat social, avec Rousseau, pour organiser la société. Erreur chez tous. Le vice de leur méthode est d'attendre une règle des seules dictées de la raison, là où le sentiment et les traditions familiales, religieuses, communales, nationales, sont du plus grand poids.

Saint-Martin, dans son livre Des erreurs et de la vérité, condamne la monarchie telle qu'elle se manifeste en France avec Louis XV et Louis XVI ; et, dans ses Considérations sur la Révolution française, écrites au lendemain de la Terreur, il condamne également le régime républicain. Au lieu de l'arbitraire d'un monarque mettant ses caprices à la place de la justice, ou des décisions d'une assemblée se croyant revêtue par le peuple de la souveraineté qui de fait n'appartient qu'à Dieu, notre rêveur n'admet que la direction suprême d'un chef

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