‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 23 sur 257 · PASCAL ET SON PYRRHONISME POLITIQUE · texte numérisé non relu

PASCAL ET SON PYRRHONISME POLITIQUE

Le pyrrhonisme religieux de Pascal était bien dépassé par son pyrrhonisme politique. Ici encore il s'inspirait de Montaigne, tout en demeurant incomparable. Nul plus vigoureusement que lui n'a jeté la pierre à tous les pouvoirs consacrés, à toutes les institutions adoptées, à tous les usages établis.

D'où toute puissance tire-t-elle son origine? D'une usurpation. Quel est le principal fondement de l'autorité des rois? La folie des peuples. A quoi tient le prestige monarchique ? A ce que notre imagination voit toujours les souverains accompagnés de ces « trognes armées qui n'ont de mains et de force que pour eux ». Le système de l'hérédité est-il raisonnable? Nullement; pas plus qu'il ne serait raisonnable de choisir pour gouverner un vaisseau celui des voyageurs qui serait de la meilleure maison. D'où vient la considération qu'on a pour les grands? De leur habit qui est une force, et du nombre des bras qu'ils ont à leur service : « Gela est admirable : on ne veut pas que j'honore un homme vêtu de brocatelle et suivi de sept ou huit laquais? Eh quoi! il me fera donner les étrivières si je ne le salue. » Au reste, pour être tenu de le saluer, on n'est pas tenu de l'estimer : « Votre âme et votre corps sont d'eux-mêmes indifférents à l'état de batelier ou à celui de duc. Si vous êtes duc sans être honnête homme, je ne manquerai pas d'avoir pour vous le mépris intérieur que méritera votre bassesse. Que si vous me demandez quand même mon estime, vous ne réussirez pas à l'obtenir, fussiez-vous le plus grand prince du monde. » La force ne peut rien

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