ADAM SMITH
l'industrie, les manufactures, le commerce, avec l'aide des capitaux, fruits de l'activité, de l'économie et de l'épargne, enrichit les nations.
De là il suit que plus le travail sera intense et varié dans une nation, plus cette nation sera riche.
Pour cela que faut-il? Laliberté. L'expérience démontre combien sont impuissants et pernicieux tous les systèmes restrictifs. Laissez les travailleurs se guider sur l'intérêt individuel, et porter leur effort là où est pour eux le plus grand bénéfice ; et tout naturellement, par la recherche de leur propre bien, ils seront acheminés à la réalisation du bien commun. Le labeur auquel s'astreint chacun pour améliorer son sort contribue nécessairement à la prospérité collective. S'épanouissant dans une atmosphère de pleine liberté, les égoïsmes se limitent, se corrigent les uns les autres, et de leur concours naît la richesse nationale.
Puisque, de par une harmonie immanente, les activités livrées à leur propre initiative tendent au résultat le meilleur, les gouvernements, au lieu de compliquer les choses par des réglementations oiseuses ou funestes, n'ont qu'à assurer le plein jeu de la liberté. Leur tâche se réduit à ces trois offices : défendre la société contre toute violence venant du dedans ou du dehors ; protéger chaque citoyen contre l'injustice d'autrui ; enfin, se charger de certains services publics et procéder aux entreprises d'utilité commune que ne sauraient poursuivre les particuliers, vu que « jamais le profit n'en rembourserait la dépense ».
Ainsi Smith jette le cri de délivrance contre les mille chaînes où le gouvernementalisme tient ligotés les travailleurs. Au lieu d'enfants à qui on attache des lisières
Fabkk. — Pères <J<: la Révolution. 40
pour les soutenir et régler leur marche, qu'il y ait désormais des hommes, fiers de leurs droits, libres et responsables !
Smith donnait magistralement la conclusion de recherches datant de Montesquieu, qui avait dit, trente ans auparavant : « Un homme n'est pas pauvre parce qu'il n'a rien, mais parce qu'il ne travaille pas ».
Tandis que les physiocrates ne séparaient pas la science économique de la science politique, les disciples d'Adam Smith feront de la science économique une science à part. L'application de leurs idées anti-étatistes stimulera prodigieusement l'essor des initiatives individuelles. Les victoires de la civilisation industrielle sur la civilisation militariste seront dues à leur propagande, et les plus illustres d'entre eux s'appliqueront à préparer, non moins que l'universelle fraternité des échanges, le règne de la paix entre les nations.
SMITH ET l'ÉCONOMISME ANARGH1QUE
Malheureusement, il est arrivé à maints économistes de voir dans les interventions les plus naturelles de l'Etat des empiétements sur l'indépendance des individus, comme s'il pouvait venir un moment où tout le monde travaillerait et où personne ne gouvernerait.
Qu'on critique les abus du fonctionnarisme, de la centralisation administrative, du protectionnisme, des règlements de police ; qu'on enseigne que l'Etat n'a pas qualité pour faire œuvre d'agriculteur, de commerçant, d'industriel, c'est justice.
Mais doit-on voir en lui un ulcère qu'il serait bon