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SMITH ET L'ËCONOMTSËE ANARCHIQUE

d'extirper? Y a-t-il lieu, par exemple, de supprimer tout enseignement public et de laisser s'exercer sans diplômes certaines professions délicates, telles que la médecine ? Conviendrait-il de livrer à des compagnies particulières l'émission des monnaies, le service des postes ? L'État doit-il être blâmé s'il entreprend des routes, des ponts, des canaux, des ports d'intérêt général; si même il donne des encouragements aux meilleurs producteurs, dans tous les ordres de l'activité humaine ? Croire que le libre conflit des égoïsmes dans l'arène du travail ne saurait comporter que de bons résultats, n'est-ce pas le fait d'un optimisme aveugle ? N'y a-t-il pas des antagonismes d'intérêts aussi funestes qu'inévitables? N'est-ce pas une chimère que de professer qu'il suffit toujours de les laisser libres pour qu'ils se mettent d'eux-mêmes en équilibre, comme l'eau prend d'elle-même son niveau ?

A vrai dire, les intransigeants de l'individualisme économiste sont en contradiction avec le maître. On ignore trop les différences qui séparent Adam Smith de certains pontifes de l'économie politique venus après lui. Tant s'en faut que son dogmatisme économique affecte les allures d'une orthodoxie hors de laquelle il n'y a point de salut. Il remarque qu'on ne saurait disposer des différentes parties du corps social aussi librement que des pièces d'un jeu d'échecs ; et il critique ces brouillons qui voudraient substituer tout d'un coup le régime absolu du libre échange au régime traditionnel de la protection. A ses yeux, des cas existent où l'humanité exige que la liberté du commerce ne soit établie que « par des gradations un peu lentes, avec beaucoup de réserve et de circonspection ». Il en vient même à faire cette

réflexion surprenante : « S'attendre à ce que' la liberté du commerce puisse jamais régner entièrement dansla Grande-Bretagne serait une aussi grande folie que de s'attendre à y voir jamais réaliser larépublique d'Utopie ».

Smith reconnaît dans l'Etat une personnalité morale pareille à la famille, ayant ses droits et ses devoirs. En même temps qu'il veut que l'autorité s'interdise toute intervention venant troubler la marche normale des choses, il admet qu'elle préside aux grands travaux publics. Il estime indispensable que l'Etat prenne les mesures requises pour empêcher « la dégénération et la corruption du corps de la nation » ; il entend que le peuple soit mis à même de s'instruire ; qu'il y soit même obligé et soumis au contrôle d'examens publics, si bien que nul ne puisse s'établir industriel ou commerçant, s'il ne prouve avoir acquis un minimum de connaissances élémentaires ; il enseigne que, dans les pays libres, à l'instruction du peuple doit s'ajouter un bienfaisant apprentissage de l'énergie, afin que l'individu atteigne toute sa valeur ; et il veut que l'Etat ait à cœur le développement des exercices militaires propres à façonner des natures viriles. « Un homme lâche, dit-il, un homme incapable de se défendre ou de venger un affront manque d'une des parties essentielles au caractère d'un homme. Il est aussi inutile et aussi difforme dans son âme, qu'un autre Test dans son corps, lorsqu'il est privé de quelquesuns de ses membres les plus essentiels, ou qu'il en a . perdu l'usage. » Selon lui, le gouvernement ne saurait apporter trop de soin à préserver le corps de la nation de cette espèce de mutilation morale, alors même que le caractère martial ne devrait être d'aucune utilité pour la défense nationale.

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