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TURGOT ÉMANCIPATEUR DU TRAVAIL

Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, Turgot eut la gloire d'entreprendre de l'incorporer dans les faits, parla suppression des maîtrises, des jurandes, des corporations industrielles ; par la création de la liberté du travail, du commerce, de l'industrie ; par l'abolition de la corvée, par l'égalité des impôts rendus communs à toutes les classes de citoyens.

Le préambule de l'édit abolissant les corporations fut en quelque sorte la première charte du droit des travailleurs.

Turgot y disait magistralement : « Dieu, en donnant à 1 homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout hmnme ; et cette propriété est la première , la plus sacrée, la plus imprescriptible de toutes ».

En même temps, il montrait l'exercice des arts et des métiers concentré entre les mains d'une certain nombre de maîtres réunis en communautés, et en possession de privilèges exclusifs pour la fabrication et pour la vente de telles ou telles espèces d'objets : il déplorait que les Français qui, par goût ou par nécessité, voulaient exercer certain art ou certain métier, ne pussent y parvenir qu'en acquérant la maîtrise à laquelle ils n'étaient reçus qu'au prix d'exactions ruineuses et après des épreuves « aussi nuisibles que superflues » (ici Turgot exagérait, et le mal l'empêchait de reconnaître le bien) ; il signalait le lamentable sort" d'innombrables travailleurs, réduits soit à languir dans l'indigence, soit à n'avoir qu'une existence précaire sous l'empire des maîtres, soit à porter hors de leur pays une industrie qu'ils auraient pu rendre utile à l'Etat ; il en appelait enfin à l'intérêt de tous les citoyens, forcés d'essuyer les caprices du régime arbitraire de com-

munautés différentes, et privés du droit de choisir les ouvriers qu'ils voudraient employer, ainsi que des avantages que leur donnerait la concurrence par le bas prix et la perfection du travail.

Cent soixante ans auparavant, les cahiers présentés par le tiers-état aux Etats généraux de 1614 avaient demandé que toutes les maîtrises fussent abolies et que l'exercice des métiers fût « laissé aux pauvres sujets, sans Visitation de leurs ouvrages et marchandises par experts et prud'hommes » ; mais c'était à Turgot que demeurait réservé l'honneur de porter le grand coup à la féodalité industrielle.

Nul n'en avait dénoncé comme lui les vexations ; nul ne posa mieux les principes. Il proclamait que l'obligation où est le souverain d'assurer à tous les citoyens la jouissance pleine et entière de leurs droits doit surtout être scrupuleusement observée envers « cette classe d'hommes qui, n'ayant de propriété que leur travail et leur industrie, ont d'autant plus le besoin et le droit d'employer dans toute leur étendue les seules ressources qu'ils aient pour subsister » ; et il en concluait la nécessité d'abroger toutes les institutions portant atteinte à ce droit au travail qui est le patrimoine inaliénable de l'humanité.

Ce n'était pas tout que de dire : « Désormais, en France, chacun pourra fabriquer et vendre ce qu'il voudra sans en acheter le droit en se faisant recevoir à grands frais dans une communauté ». Il fallait aussi mettre un terme à la guerre que se faisaient villes et provinces en supposant à la libre circulation et à la libre vente des marchandises.

Mais comment aller contre le préjugé populaire?

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