LA GRANDE FIGURE DE GONDORGET
ganisation de l'instruction publique ; en appeler aux peuples contre la coalition des rois ; parler un des premiers de rétablissement nécessaire de la république, à Tencontre de la monarchie qu'il identifie avec le despotisme; se montrer enfin l'éloquent porte-parole des représentants de la France.
Cinq départements, et en particulier ses compatriotes de l'Aisne, l'envoyèrent à la Convention. Parmi les antagonismes déchaînés dans cette assemblée, il eut le parti pris de n'être le serviteur d'aucune faction, de n'avoir en vue que les principes, de ne se dévouer qu'aux intérêts généraux. Il estimait que son devoir était, non de soutenir aveuglément les opinions présumées de ses électeurs, mais d'exposer loyalement les siennes. « Mandataire du peuple, disait-il, je ferai ce que je croirai conforme à ses vrais intérêts. Ce n'est pas à mon zèle seul, mais à mes lumières, que le peuple s'est confié ; et l'indépendance absolue de mes opinions est un de mes devoirs envers lui. »Tout particularisme le choquait. On n'est pas le député d'un département, d'une circonscription, d'un comité ; on est le député de la France.
Condorcet pensait que la ruine des vieux préjugés était inévitable, mais qu'il ne fallait pas les remplacer par d'autres, et que le droit seul devait être le mobile de tout acte politique. A la fois hostile aux incorrigibles conservateurs et aux novateurs téméraires, il acceptait que les premiers lui reprochassent ses chimères et les seconds sa tiédeur, pour rester contre tous le tenant de la justice. Ses préférences étaient pour une politique évolutive aboutissant, sans secousses, au plein triomphe de la démocratie.
Préoccupé des ménagements nécessaires, il proclamait
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qu'après avoir été forcé de froisser beaucoup de préjugés, de blesser beaucoup d'intérêts, il convenait de chercher les moyens de conquérir les dissidents au nouvel ordre des choses. Selon lui, tous ceux qui n'étaient pas totalement ennemis de l'égalité et de la raison pouvaient être ramenés par une conduite conciliante. « En traitant tous les mécontents comme des ennemis, disait-il, on les force à le devenir. Conservons par la sagesse ce que nous avons acquis par l'enthousiasme ; et sachons faire aimer notre liberté républicaine, a
Sous la pression des événements, la Convention adopta une constitution bâclée en quelques jours par Hérault de Séchelles, et n'honora point de l'examen dont il était digne le projet de constitution mûrement élaboré par Condorcet, projet admiré depuis par des maîtres en droit constitutionnel, mais dontMichelet a dit, — peut-être non sans quelque raison, si l'on songe aux circonstances traversées par la république française, — qu'il était « impraticable, inapplicable, tant il était chargé, surchargé de garanties, de barrières, d'entraves pour le pouvoir, d'assurances pour l'individu ».
Une chose sûre, c'est que Condorcet a une foi par trop naïve dans la toute-puissance des constitutions.
Le rêve de cet idéologue, à la fois hardi et sage, mais trop épris de pure logique et pas assez homme d'action, était d'être le modérateur et le guide de la Révolution. Qui sait les services qu'il lui aurait rendus, sans les déplorables poursuites qui provoquèrent son suicide, à l'âge de cinquante ans ?
Condorcet protesta, dans une lettre adressée à tous les Français, contre la constitution qu'on venait d'impro-