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LE POSITIVISME DE CONDORCET

C'est dans les œuvres de Voltaire, de Diderot et de Turgot, que se trouvent les vues primordiales où s'alimenta la pensée de Gondorcet. Il eut de propre la rigueur mathématique, le besoin d'aller jusqu'au bout de ses idées, le culte du raisonnement, la répugnance profonde pour tout ce qui est foi ou mystère. Nul n'a mieux pris à la lettre les préceptes de la méthode positive enseignée par Descartes, quand il prescrit de se tenir en garde contre les affirmations sans preuve, de rejeter toute autorité, de ne se rendre qu'à l'évidence.

Gondorcet voit la nature et la société soumises à des lois régulières que la science a mission de codifier et que l'humanité a le devoir d'utiliser pour s'élever à tous les progrès dont elle est susceptible.

Au règne des religions et des métaphysiques il veut que succède le règne de la science, systématisant les conquêtes de la libre recherche, sollicitant la nature aux rendements les plus féconds, réorganisant la société sans prêtres et sans rois, d'après l'ordre essentiel des choses.

Devant le spectacle des hommes éclairés de toutes les nations se communiquant leurs lumières et formant une sorte de république des idées, Gondorcet se sent pénétré d'une foi profonde dans la force latente de la vérité qui, toujours en action, doit l'emporter, à la longue, sur les obstacles qu'on lui oppose. « La science a vaincu, dit-il ; le genre humain est sauvé. » Et, confiant dans la bienfaisante coopération des siècles futurs au perfectionnement indéfini de l'humanité, il est consolé des horreurs de

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l'heure qui passe ; il envisage l'avenir avec un calme optimisme.

Ce n'est pas sans raison qu'Auguste Comte a appelé Condorcet son père spirituel. En même temps qu'il sera le tributaire de Descartes et de Kant, de Montesquieu et de Saint-Simon, le fondateur du positivisme s'inspirera de Condorcet, l'apôtre de la révolution, et de Joseph de Maistre, l'apôtre de la contre-révolution.

Avec de Maistre, il voudra, pour l'humanité, l'organisation d'un pouvoir spirituel et l'unité des croyances ; mais il prétendra remplacer la révélation par la démonstration, et Dieu par l'Humanité.

Avec Condorcet, il visera à coordonner l'activité scientifique; il voudra le ralliement des hommes sous le drapeau d'une morale commune; il signalera cette solidarité des générations qui fait que tout homme est à la fois héritier et ancêtre ; il fondera la sociologie sur l'idée du progrès, qui lui apparaîtra comme le développement de Tordre.

Mais, tandis que Condorcet nie dans le passé la continuité du perfectionnement social, Comte l'affirmera et se fera le glorifîcateur de l'ancien régime, théocratique et féodal.

l'individualisme politique de condorcet

Conformément aux vues des maîtres de la philosophie du xvme siècle et des constituants de la révolution française, Condorcet considère le maintien des droits individuels comme l'essence du pacte social.

Le but de l'État est la consécration des droits naturels, civils et politiques des hommes réunis en société

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