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LA RÉFORME GOUVERNEMENTALE

LA RÉFORME GOUVERNEMENTALE SELON l'aBBÉ DE SAINT-PIERRE

Les deux conceptions auxquelles reste plus particulièrement attaché le nom de l'abbé de Saint-Pierre sont la Polysynodie et la Paix perpétuelle.

Par le mot polysynodie, qui signifie multiplicité des conseils, l'abbé désignait un système de gouvernement où toutes les affaires de l'Etat seraient discutées par autant de groupes de conseillers élus qu'il y aurait de catégories d'affaires.

L'idée d'instituer des conseils pour tempérer l'autorité monarchique avait déjà séduit beaucoup d'esprits, en particulier les hommes de l'entourage du duc de Bourgogne, les Fénelon, les Fleury, les Beauvilliers, lesChevreuse, les Saint-Simon, tous d'accord à attribuer les malheurs publics au despotisme de Louis XIV. Fénelon avait prêché le recours aux Etats généraux, aux Etats provinciaux et aux Conseils. Saint-Simon, en qui les préjugés aristocratiques de Fénelon étaient exagérés au delà de toute mesure, ne pouvait songer qu'avec répugnance aux Etats généraux ; il en réduisait le rôle à d'humbles remontrances purement platoniques, et, pour ce qui est des Conseils, il tenait à ce que le roi accordât une part de la puissance souveraine non pas à des hommes de robe, à des hommes de plume, gens de la vile bourçeoisie, mais à des seigneurs, à des hommes d'épée. Le fougueux «lue et pair jugeait bien ceux-ci légers, ignorants, inappliqués; mais il leur trouvait un mérite propre à couvrir tous les défauts : ils n'appartenaient point à la roture.

Moins rancunier, moins étroit, mais tout aussi aristocrate que Saint-Simon, le comte de Boulainvilliers, dans l'État de la France, protestait contre la tyrannie royale et contre l'abaissement des nobles, fils des Francs. Il rappelait que, chez nous, comme le répétera Mme de Staël, « c'est la liberté qui est ancienne et le despotisme qui est nouveau » ; qu'à l'origine, les Francs étaient tous libres et non sujets ; qu'ils formaient une société d'égaux et de compagnons, naturellement juges les uns des autres et naturellement propriétaires, à qui les rois, simples magistrats civils, réclamaient la fidélité, non pour leur propre personne, mais pour l'Etal; qu'enfin ils faisaient tous partie des assemblées de la nation où il était délibéré sur les affaires générales. Lui aussi était favorable à l'idée des Conseils. Mais certes il ne les aurait pas voulus tels que les institua le régent quand il s'entoura, pour l'administration des affaires, de cette collection de seigneurs et de magistrats qu'on appela par moquerie les soixante-dix ministres : vraie pétaudière, qui, bien loin de remédier à rien, acheva de tout brouiller.

C'est précisément l'institution du régent que l'abbé de Saint-Pierre allégua pour autoriser sa polysynodie, bien distincte de tous les palliatifs analogues imaginés jusqu'alors.

Comme l'a remarqué Rousseau, ce système tendait à opérer une véritable révolution dans le gouvernement. Il s'agissait d'abord de constituer une académie politique, composée de nobles, de gens de robe et de gens d'église, qui convierait tout le monde à l'examen des problèmes sociaux, étudierait elle-même les questions, jugerait et récompenserait les projets des inventeurs et des réformateurs, préparerait des règlements, et fournirait des fonc-

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