LA RÉFORME GOUVERNEMENTALE
tionnaires à l'administration. Il s'agissait, en second lieu, d'adopter une méthode de scrutin qui présiderait au choix des académiciens et au choix des fonctionnaires, tous nommés par voie d'élections graduées selon Tordre hiérarchique. En même temps, pour -n'avoir plus à subir Fomnipotence d'un premier ministre ou de plusieurs ministres, on remplacerait les ministres par des comités d'administration correspondant aux divers ministères.
L'abbé de Saint-Pierre pensait que l'influence et le contrôle qu'exerceraient les uns sur les autres les membres de ces conseils assureraient une meilleure connaissance de l'état des questions ; une plus sûre application des expédients à adopter : une plus entière indépendance ; une plus grande subordination à l'intérêt général des intérêts particuliers neutralisés les uns par les autres; un rapide surcroît de créations utiles; un sensible allégement des charges publiques grâce à l'extinction du favoritisme ; de nombreuses facilités pour discerner et honorer le vrai mérite ; une forte diminution des vexations et des injustices habituellement commises par les fonctionnaires désormais plus surveillés; un bon ordre, une sagesse, une équité dédommageant de ce que les affaires comporteraient plus de lenteur et moins de secret: enfin, la prépondérance de ceux qui auraient le plus de lumières dans l'intelligence, le plus de grandeur dans les sentiments, le plus de générosité dans la conduite, le plus de loyauté, de patriotisme et d'honneur.
Iout en tolérant que le roi règne, faire que les meilleurs gouvernent : voilà évidemment le but réel de la polysynodie. L'abbé de Saint-Pierre pense, comme Rous-
seau, que l'ordre héréditaire établi dans les successions et l'extravagante éducation des héritiers du trône fourniront toujours cent imbéciles pour un vrai roi ; puis, qu'il y aura des minorités, des maladies, des temps de délire et de passion, qui ne laisseront souvent à la tête de l'État qu'un simulacre de prince. Il faut cependant que les affaires se fassent. Donc, chez tous les peuples qui ont un roi, il est absolument nécessaire d'établir une forme de gouvernement qui se puisse passer du roi.
Mais comment annuler le roi sans le supprimer ? N'est-il pas inévitable que celui qui a par devers soi la perpétuité et l'irresponsabilité ait toujours les moyens de tout dominer et de demeurer le maître en dernier ressort ? L'abbé de Saint-Pierre le comprend. Aussi déclare-t-il que, si la délibération appartient aux conseillers, la décision appartiendra au roi.
Les comités qu'il institue, demeurant purement consultatifs, ne seront-ils pas inutiles? Ne seront-ils pas même funestes, en retardant, sans l'améliorer, la marche des choses?
Que si, au contraire, ils ont vraiment l'initiative et la direction des affaires, n'aboutiront-ils pas tôt ou tard à supprimer en principe l'autorité royale qu'ils auront supprimée en fait? Dès lors, on sortira des compromis qu'entraînait le mélange hybride du régime monarchique avec le régime républicain.
Mais, pour être dans la vérité du régime républicain, pourra-t-on persister à faire du pouvoir un privilège aux mains de la noblesse, de la magistrature et du clergé? Non, évidemment. Il faudra que le scrutin ouvre ses cadres au peuple et que la démocratie s'affirme.
Sans doute, ce n'est pas là ce que veut l'abbé de Saint-