LE PACIFISME DES HOMMES DE LA RÉVOLUTION
nations, ils opposaient le régime des libres contrats de peuple à peuple.
Quand la Législative appelait les citoyens au secours de la patrie, pour laquelle tout Français doit vivre et mourir, elle proclamait que cette guerre nécessaire était la guerre de la liberté contre la servitude et serait la dernière des guerres. La France ne se résignait à envoyer ses enfants au combat que pour le maintien de son indépendance ; et elle prenait le monde à témoin que les luttes qu'il lui fallait soutenir étaient non des guerres de nation à nation, mais la juste défense d'un peuple libre contre l'injuste agression des rois.
A son tour la Convention, par l'organe de ses présidents, saluait l'aurore d'un siècle nouveau où tomberaient les forteresses, où disparaîtraient les frontières, où les peuples cesseraient d'être des étrangers les uns pour les autres, où enfin la liberté ferait de l'Europe un seul domaine régi par de justes lois. Son optimisme voyait déjà tous les rois ensevelis sous les débris de leurs trônes et la paix unissant toutes les nations, devenues maîtresses de leurs destinées.
A l'encontre du manifeste insolent de Brunswick, la Convention proclama qu'elle accorderait fraternité et secours à tous les peuples qui voudraient s'affranchir; et elle dit aux princes : Puisque vous apportez chez nous la guerre, nous enverrons chez vous la liberté. En avant, soldats de Tan II !
La dévolution leur criait : « Volontaires, Allez pour délivrer tous les peuples, vos frères ! »
Contents, ils disaient : oui.
'< Allez, mes vieux soldats, mes généraux imberbes ! » Et Ton voyait marcher ces va-nu-pieds superbes Sur le monde ébloui. »
Certes, ces grands enthousiastes se berçaient d'illusions dangereuses.
Les Girondins, avec Brissot et Roland, avaient^pensé qu'ils réussiraient à provoquer contre la ligue des rois la ligue des peuples, et que le grand effort militaire, qui allait mettre un terme aux équivoques dont bénéficiaient les traîtres, aurait pour aboutissement une vaste confédération de républiques fraternisant dans la paix et la liberté.
Plus prévoyant était Robespierre, quand il s'écriait : « Ne commettez pas l'imprudence de porter aux peuples la Déclaration des droits de l'homme à la pointe des baïonnettes ! La Déclaration sera déchirée, et les baïonnettes feront d'irréparables blessures. »
En 1793, la France entrevit la vérité des protestations de Robespierre contre l'ingérence des missionnaires armés dans la politique des autres nations ; et elle déclara solennellement qu'elle entendait ne se mêler en aucune manière du gouvernement des puissances étrangères.
Cependant, les puissances attaquant, il fallait bien se défendre. Les Français résistent aux envahisseurs; mais ils sont, du même coup, entraînés à être envahisseurs à leur tour. Le vieil esprit de conquête se réveille et trouve son incarnation dans Bonaparte qui, mis en possession des forces vives créées dans les âmes par le mouvement révolutionnaire, exploite avec un génial éclat tous les instincts rétrogrades, pour le malheur de la France décimée, de la révolution refoulée, de l'humanité ramenée à l'ancienne barbarie.