MONTESQUIEU ADVERSAIRE DE LA CRUAUTÉ DES PEINES ET DE L'ESCLAVAGE
C'est au nom de cette justice primitive, dont tous les codes devraient être en quelque sorte d'exactes traductions en langues différentes, que Montesquieu flétrit la barbarie des peines, l'esclavage, l'intolérance et le despotisme, fait appel à l'équité et à l'humanité.
La dureté dans les châtiments lui semble un plus grand mal que les méfaits qu'on prétend punir. Il ne fau t Laisser aucun crime impuni; mais il convient que les peines n'aient rien d'arbitraire, qu'elles varient proportionnellement aux délits commis, et qu'elles soient toujours modérées, i A force d'augmenter la sévérité des
peines, on ôte le ressort du gouvernement, et l'abus des supplices y rend les hommes indifférents. »
Appliquons-nous principalement à prévenir les fautes; puis, pour les châtier, « suivons la nature, qui a donné aux hommes la honte comme leur fléau ; et que la plus grande partie de la peine soit la peine de la souffrir. »
Les plaidoyers de Montesquieu pour la réforme du code pénal seront repris par son disciple italien Beccaria et amèneront dans les codes une espèce de compromis légal entre les exigences de la justice et les devoirs de l'humanité.
La cruauté des peines, et en particulier la torture, est le complément naturel de l'institution de l'esclavage. Mais l'esclavage peut-il être justifié?
On allègue, avec Bossuet, qu'il est bien permis d'asservir l'homme qu'on aurait pu tuer sur le champ de bataille Mais l'état de guerre ne légitime que les meurtres absolument nécessaires; et, « dès qu'un homme en a fait un autre esclave, on ne peut pas dire qu'il ait été dans la nécessité de le tuer, puisqu'il ne l'a pas fait ».
On allègue qu'un homme, s'appartenant, a toujours le droit de se vendre. Mais il n'est pas plus permis de se vendre qu'il n'est permis de se tuer. « La liberté de chaque citoyen est une partie de la liberté publique. »
On allègue les fatalités de la naissance qui rendent esclave le fils de l'esclave. Mais « si un homme n'a pu se vendre, encore moins n'a-t-il pu vendre son fils qui n'était pas né; si un prisonnier de guerre ne peut être réduit en servitude, encore moins ses enfants ».
On allègue, avec Aristote, qu'il y a des esclaves par