‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 44 sur 257 · LIBERTÉ POLITIQUE ET FORMES DE GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

LIBERTÉ POLITIQUE ET FORMES DE GOUVERNEMENT

cipe de vie de chacune d'elles, et il explique comment la division des pouvoirs est toujours nécessaire.

Sa conviction, vérifiée par l'expérience, est que chaque système de gouvernement implique un certain ensemble de lois, qui peuvent bien ne pas être absolument rationnelles, mais qui sont rationnelles relativement au régime établi.

Selon Montesquieu, il y a trois espèces de gouvernement : la république, la monarchie et le despotisme. Le gouvernement est républicain quand la souveraineté est exercée par tout le peuple ou par une portion du peuple. Le gouvernement est monarchique quand la souveraineté est exercée par un seul homme tenu de se conformer à certaines lois fondamentales et de respecter les prérogatives d'une aristocratie dominante. Le gouvernement est despotique quand la souveraineté est exercée par un seul homme n'ayant de loi que sa volonté.

Le principe de vie du gouvernement républicain est la vertu, non la vertu dans son acception la plus générale, mais la vertu civique, le dévouement au bien public. La vertu civique repose sur l'amour de l'égalité ou sur l'esprit de modération, selon que la république est démocratique ou aristocratique.

Le principe de vie du gouvernement monarchique est Y honneur, c'est-à-dire le culte superstitieux des idées de convention qui ont cours sur le rôle et le prestige du prince, des nobles, des hommes d'Eglise, des hommes de guerre, des hommes de robe : ce que Montesquieu appelle « le préjugé de chaque personne et de chaque condition ». Toute monarchie s'appuie nécessairement sur des hiérarchies de privilégiés qui sont avides de pré-

férences et de distinctions, subordonnent tout au désir de paraître, et cherchent à s'honorer aux yeux de leur caste ou aux yeux de tous, tantôt par de mesquines pratiques, tantôt par de grandes actions.

Le principe dévie du gouvernement despotique est la crainte. « Un gouvernement modéré peut impunément relâcher ses ressorts; il se maintient par ses lois et par sa force même. Mais lorsque, dans le gouvernement despotique, le prince cesse un moment de lever le bras, quand il ne peut anéantir à l'instant ceux qui ont les premières places, tout est perdu. »

Est-ce à dire que le civisme et le point d'honneur ne puissent exister dans un Etat despotique ? Ils peuvent y exister, mais non y dominer ; c'est la crainte qui y domine et soutient toute la machine du gouvernement.

De même pour la monarchie et la république. Celle-ci n'exclut pas du tout le sentiment de l'honneur; mais ce sentiment, si souvent hostile à l'esprit de liberté, à l'esprit d'égalité et à l'esprit de désintéressement, n'est pas le ressort essentiel du gouvernement républicain. La monarchie à son tour n'est pas incompatible avec la vertu civique; mais elle est loin de la développer. Son caractère propre est de former comme une atmosphère d'immoralité où croissent et fleurissent tous les vices : « Je sais très bien, dit Montesquieu, qu'il n'est pas rare qu'il y ait des princes vertueux; mais je dis que, dans une monarchie, il est très difficile que le peuple le soit. Qu'on lise ce que les historiens de tous les temps ont dit sur les cours des monarques; qu'on se rappelle les conversations des hommes de tous les pays sur le misérable caractère des courtisans. Ce ne sont point des choses de spéculation, mais d'une triste expérience.

Page 1