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ILLUSIONS DE MONTESQUIEU SUR LÀ MONARCHIE

se permettra ou il provoquera des excès d'autorité. Que faut-il ? Une puissance intermédiaire qui, formant le trait d'union entre le roi et les représentants de la nation, introduise de part et d'autre de justes tempéraments et une équitable modération. Ce rôle appartiendra naturellement à cette élite de privilégiés qu'on appelle la noblesse. Si ces gens-là étaient confondus avec le peuple, « la liberté commune, d'après Montesquieu, serait leur esclavage, et ils n'auraient aucun intérêt à la défendre parce que la plupart des résolutions seraient prises contre eux ». Il convient donc que la part qu'ils ont à la législation soit proportionnée aux autres avantages qu'ils ont dans l'Etat: ce qui arrivera s'ils forment un corps qui ait le droit d'arrêter les entreprises du peuple, comme le peuple a le droit d'arrêter les leurs.

Le corps législatif étant ainsi composé de deux parties, celles-ci se contiendront mutuellement et préviendront les abus l'une de l'autre. La puissance législative, partagée entre les deux chambres, pourra lier la puissance exécutive. La puissance exécutive, à son tour, pourra lier la puissance législative, d'autant plus qu'elle participera à celle-ci sinon positivement, du moins négativement, par le droit de veto.

Mais à qui devra revenir la puissance exécutive? Elle devra revenir, par voie d'hérédité, à un roi, et à un roi unique. En effet, si la transmission héréditaire n'était pas établie, on se priverait d'avantages précieux. Dans La monarchie, selon les spécieuses remarques de Bossuet, supérieur ici à Montesquieu, le pouvoir suprême se perpétue de lui-même sans secousses, en un ordre qui roule tout seul, par 1rs mêmes causes qui perpétuent le genre humain; le premier magistrat, travaillant pour

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ses enfants en même temps qu'il travaille pour FEtat, confond en son cœur l'amour du peuple avec l'amour de sa famille ; enfin, la dignité de plus en plus accrue d'une maison faisant souche de souverains élève cette maison au-dessus de toute compétition, commande la vénération publique, et convertit en amour et en respect la jalousie qu'on a naturellement contre ceux qu'on voit au-dessus de soi.

Si la première magistrature n'était pas aux mains d'un seul, il en résulterait des entraves, des complications et des lenteurs fâcheuses dans Fexercice du pouvoir exécutif. Si le premier magistrat n'était pas un roi, il ne serait pas hors de toute atteinte; il se trouverait soumis aux législateurs qui, dès lors, seraient sur lapente du despotisme ; il n'aurait pas la liberté d'action qui lui est nécessaire.

D'ailleurs, l'action du roi ne peut qu'être très restreinte ; ce sont surtout ses ministres qui agissent. S'il est luimême irresponsable, ses ministres et tous leurs agents sont responsables ; et il arrive ainsi qu'en réalité le roi a implicitement à répondre de ses actes, sans que le prestige royal, sauvegarde de la constitution, se trouve atteint.

Mais quels rois ne peuvent donner les hasards dangereux de la naissance et les corrupteurs effets de l'éducation princière ? De quoi n'est pas capable un magistrat perpétuel, qui est réputé irresponsable, qui a en main toutes les forces vives de la nation, et qui en même temps participe à la puissance législative ? Étant le premier dispensateur de toutes les grâces, disposant des emplois et des finances par la faculté qu'il a de choisir ses ministres, quels moyens ne possède-t-il pas d'acheter les suffrages,

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