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LA CONDAMNATION DU DESPOTISME PAR MONTESQUIEU

C'est le propre des despotes de tarir toutes les sources de la vie partout où ils dominent. « Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir des fruits, ils coupent l'arbre au pied et cueillent le fruit. Voilà le gouvernement despotique. »

Un tel gouvernement peut bien donner quelques années de prospérité. Mais ces quelques années sont payées par de longs siècles de misère.

Malheureusement les peuples, fascinés par l'éclat de l'heure présente, ne songent pas aux sinistres lendemains qu'ils se préparent; et ils se réjouissent follement du bel ordre qui règne. Eh! quel est donc cet ordre? Un ordre analogue à celui que les Césars établirent à Rome, à celui que les Napoléon établirent en France : une se?*vitude durable.

L'usurpateur a bien soin d'appeler règle tout ce qui peut fonder l'autorité sans bornes d'un seul; et d'appeler trouble, anarchie, mauvais gouvernement, tout ce qui peut maintenir l'honnête liberté des sujets.

C'est surtout à la pensée, cet éternel cauchemar de toutes les tyrannies, que sa politique s'attaque. Il discipline ses sujets; il les abêtit; il tâche que tout roule sur deux ou trois idées, et il fait la guerre aux esprits novateurs. « Quand vous instruisez une bête, dit Montesquieu, vous vous donnez bien de garde de lui faire changer de maîtres, de leçons et d'allures; vous frappez son cerveau par deux ou trois mouvements et pas davantage. » En multipliant ainsi les précautions, à force d'enchaîner et d'avilir, le despote peut faire taire les divisions et réussir à créer une certaine union; mais ce n'est pas l'union de citoyens amis, c'est l'union de cadavres ensevelis les uns auprès des autres ; il peut établir

une certaine tranquillité; mais « ce n'est point une paix, c'est le silence de ces villes que l'ennemi est près d'occuper ».

Et qu'on n'aille pas objecter qu'à côté du despotisme à la mode orientale, il y a un despotisme paternel fondé sur une sorte de piété filiale, telle l'autocratie russe. Des faits récents démontrent qu'ici en core la tutelle protectrice est vite convertie en tutelle'oppressive ; que c'est la crainte , non l'amour, qui est en définitive le ressort du pouvoir, et que la suprême ressource du peuple pressuré est l'insurrection ou même l'assassinat.

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