‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 6 sur 257 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

La Révolution, en même temps qu'une œuvre de destruction, a été une œuvre de reconstruction. Elle fut accomplie par le peuple français qui, selon le mot de Shakspeare, demeure le soldat de Dieu au service de l'humanité : mais elle était la résultante naturelle d'un mouvement d'idées commun aux grands peuples de l'Europe.

C'est sur les larges bases posées par la rénovation religieuse et par la rénovation philosophique du xvie siècle, que s'est développée la pensée révolutionnaire.

Luther, Calvin, Knox, Zwingle, Languet, Hotmann, Jurieu. Millon, Roger Williams, Guillaume Penn, furent les ancêtres des hommes de 89 ; et la révolution anglaise, la révolution américaine, filles du protestantisme, furent la double préface de la révolution française.

Sauras, G-iordano Bruno, Thomas Morus, Campanella, Rabelais, Montaigne, La Boétie, Bacon, Hobbes, Sidney, Gassendi. Saint-Evremond, Fontenelle, et surtout Galilée. Descartes, Spinosa, Leibniz, Newton, ont été les collaborateurs des encyclopédistes; et, comme l'a remarqué Joseph de Maistre, le xyiii0 siècle n'a fait que tirer les conclusions des prémisses établies dans les deux siècles précédents.

Je ne reviendrai pas ici sur des vérités dont la preuve est faite dans mon livre La Pensée moderne, de Luther à Leibniz.

pierre bayle

L'initiative immédiate du mouvement critique et rénovateur qui eut lieu au xvine siècle appartient à deux hommes du xvne siècle, au Français Bayle et à l'Anglais Locke. L'un et l'autre furent élevés dans le protestantisme ; l'un et l'autre trouvèrent un refuge dans cette petite république de Hollande que la liberté fît si grande, où vécut Spinosa et où vint méditer Descartes.

Bayle, né dans le voisinage de Pamiers en 1647, avait eu pour père un ministre de la religion réformée. Pendant sa première jeunesse, il fut bon protestant. Mais, à vingt-deux ans, les inconséquences de Forthodoxie protestante l'amenèrent à se convertir au catholicisme, qui aie mérite de former un système où tout se tient.

Le catholicisme l'avait tenté comme plus logique ; mais bientôt il lui apparut aussi absurde que logique. Et voilà Bayle qui, dix-sept mois après sa conversion, rentre dans le giron du protestantisme, pour être plus à l'aise dans le courant d'irréligiosité où va l'emporter sa raison.

Abjurer le catholicisme lui coûta cher. N'était-il pas le chien qui retourne à son vomissement, le porc qui, après avoir été nettoyé, se vautre de nouveau dans le bourbier ? Son abjuration le mettait sous le coup des dures ordonnances portées en 1665 et en 1669 contre les convertis qui retombent dans l'hérésie. Aussi ses

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