‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 61 sur 257 · VUES DE MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

VUES DE MONTESQUIEU

Les stoïciens se passaient de l'immortalité de l'âme; mais Montesquieu attache le plus grand prix à ce que l'homme se croie immortel comme Dieu même.

La morale stoïcienne, puisunefoireligieusereposantsur cette morale, purgée du continuel recours au surnaturel et débarrassée de ces superstitions qui font croire à l'homme qu'il est un objet assez important pour que l'Etre suprême renverse à cause de lui tout l'ordre de l'univers, entre dans ses querelles et fasse à tout moment des choses dont la plus petite mettrait toute la nature en engourdissement : tel est, ce semble, le rationalisme théiste auquel inclinait Montesquieu.

Mais, toujours circonspect, toujours attentif à faire des réserves en faveur de la religion établie, il accompagnait son apologie du stoïcisme de ces paroles : « Si je pouvais un moment cesser de penser que je suis chrétien, je ne pourrais m'empêcher de mettre la destruction de la secte de Zénon au nombre des malheurs du genre humain ».

Il y a beaucoup de réticences chez ce profond penseur, éminemment éclectique. Démêler les causes de certaines choses mauvaises lui paraissait plus opportun que de les combattre. Dans une lettre à l'abbé de Guasco il disait: «J'aime la paix par-dessus tout ». Voltaire, qui aimait la guerre, lui déplaisait par cela même. Le sage du château de la Brède écrivait, avec un malicieux orgueil, à propos du grand lutteur errant de ci de là : « Voilà donc Voltaire qui ne sait où reposer sa tête... Le bon esprit vaut mieux que le bel esprit ».

De fait, Voltaire, le prétendu sceptique, était un doctrinaire intraitable dans les questions de tolérance et

loi MONTESQUIEU

d'humanité, tandis que Montesquieu professait cette maxime propre à justifier toutes les condescendances : « L'excès de la raison n'est pas désirable. Les hommes s'accommodent presque toujours mieux des milieux que des extrémités. »

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