MODÉRANTISME ET THÉISME DE BUFFON
Buffon, né en 1707, mort en 1788, se montra modéré comme Montesquieu, et même pusillanime. Sa maxime était qu'il ne faut jamais heurter de front.
Il se garda bien de faire partie de ce bataillon des encyclopédistes qui dressait si hardiment un vaste plan de campagne contre tous les préjugés du passé. Mais de loin il applaudissait à leur entreprise, et il disait de Y Encyclopédie : « C'est un bon ouvrage ».
Officiellement catholique, il était, dans l'intimité, un simple théiste. On a même prétendu qu'il était athée. Hérault de Séchelles assure que Bufîon lui disait : « Dans mes ouvrages, j'ai toujours nommé le Créateur; mais il n'y a qu'à mettre à la place la puissance delà nature, qui résulte de deux grandes lois : l'attraction et l'impulsion ». D'où cette conclusion que Buffon niait Dieu. Il aurait suffi de conclure qu'il condamnait le recours au surnaturel, si contraire à l'esprit scientifique.
Est-il possible de considérer comme un athée l'homme qui adressait à Dieu cette philanthropique prière : « Dieu de bonté, auteur de tous les êtres, vos regards paternels embrassent tous les objets de la création ; mais l'homme est votre être de choix. Vous avez éclairé son âme d'un
rayon de votre lumière immortelle. Comblez vos bienfaits en pénétrant son cœur d'un trait de votre amour : le sentiment divin, se répandant partout, réunira les nations ennemies ; l'homme ne craindra plus l'aspect de l'homme, le fer homicide n'armera plus sa main; le feu dévorant de la guerre ne fera plus tarir la source des générations ; l'espèce humaine, maintenant affaiblie, mutilée, moissonnée dans sa fleur, germera de nouveau et se multipliera sans nombre ; la nature accablée sous le poids des fléaux, stérile, abandonnée, reprendrabientôt, avec une nouvelle vie, son ancienne fécondité; et nous, Dieu bienfaiteur, nous la seconderons, nous la cultiverons, nous l'observerons sans cesse pour vous offrir à chaque instant un nouveau tribut de reconnaissance et d'admiration. »
Ceux qui ont prétendu que Buffon se contentait de nommer Dieu deux ou trois fois, et puis n'en parlait plus, n'ont pas lu ses ouvrages. Sans cesse ces mots, le Créateur, Dieu, l'Être suprême, l'Éternel, y reviennent.
Croyant en Dieu, Buffon put se donner de spécieuses raisons pour plier son théisme aux observances de la religion dominante. Il respectait les rites cultuels, quitte à dire tout bas : « Que de créateurs d'idoles et de magots il y a dans le monde ! » On le voyait, à l'église paroissiale, assister aux offices du dimanche, en tenue de cérémonie, et communier publiquement à Pâques. La veille de sa mort, il tint à recevoir les sacrements de TEglise. Ces parades, incontestablement répréhensibles vu le contraste de ses convictions philosophiques avec la foi catholique, auraient été abominables s'il eût été alliée. Mais il est loin de l'être. Il répète, sous des formes multiples, que la seule présence de Dieu soutient la