MODÉRANTISME ET THÉISME DE BUFFON
nature et maintient l'harmonie des lois de l'univers. Il montre Dieu présidant, du sein de son repos, aux immenses mouvements des sphères célestes et régissant l'infinité des mondes.
L'Histoire naturelle de Buffon commença à paraître l'année même qui suivit la publication de l' Esprit des lois, en 1749. Malgré les précautions des deux auteurs, la Sorbonne ne fut contente ni de l'un ni de l'autre ouvrage ; et ces deux grands génies durent passer sous la férule de quelques petits théologiens.
Buffon fît la paix avec les docteurs, beaucoup plus vite que Montesquieu. Voyant que la Sorbonne prenait ombrage de sa théorie de la terre et était sur le point de condamner sa cosmogonie, si différente de celle de la Genèse, Buffon lui donna toutes les satisfactions.
De même, plus tard, lorsque les Époques de la nature furent à leur tour menacées des foudres théologiques, il se hâta de déclarer en public qu'il souscrivait aux affirmations de ses censeurs et abandonnait tout ce qui, dans son ouvrage, leur avait paru contraire aux textes sacrés.
Buffon se rétractait, mais restait de cœur fidèle à ses idées. Le point était qu'au prix de ces complaisances, où sa politique ne voyait qu'une simple politesse, sinon une sorte de persiflage, on le laissât poursuivre en paix son œuvre. Ses démonstrations dévotes servaient •le passeport à ses conceptions audacieuses ; et s'il fît profession de croire à la Révélation, ce fut pour se faire pardonner des théories allant à l'encontre des doctrines révélées.