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L'ESPRIT PHILOSOPHIQUE DE BUFFON

Le même esprit philosophique que Montesquieu avait appliqué à l'étude des sociétés humaines, Buffon l'appliqua à l'étude de la nature. Convaincu qu'il n'y a en réalité que des individus et que « les genres, les ordres et les classes n'existent que dans notre imagination », il ne visait pas à déterminer rigoureusement les différentes espèces d^êtres. Son objet était de faire comprendre l'immensité des êtres paisiblement soumis à des lois nécessaires. . .

Il n'y a guère d'œuvres plus grandes que celle qui commence parla Théorie de la terre, parue en 1749, et qui finit par les Époques de la nature, publiées en 1778. Dans toute la suite de ses travaux, où il fui admirablement secondé par Daubenton, Guéneau de Montbéliard et deux ou trois autres collaborateurs, Buffon a mêlé aux observations consciencieuses les généralisations hardies. Il s'entendait d'autant plus à généraliser qu'il n'était pas dupe de ses généralisations et n'eut jamais rien de commun avec ces savants dont la pensée s'ankylose dans d'étroits systèmes. « Nos idées générales n'étant composées que d'idées particulières, dit-il, elles sont relatives à une échelle continue d'objets, de laquelle nous n'apercevons nettement que les milieux et dont les deux extrémités fuient et échappent toujours de plus en plus à nos considérations, de sorte que nous ne nous attachons jamais qu'au gros des choses, et que, par conséquent, on ne doit pas croire que nos idées, quelque générales qu'elles puissent être, comprennent les idées particulières de toutes les choses existantes et possibles. »

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