‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 68 sur 257 · VOLTAIRE DISCIPLE DES PENSEURS ANGLAIS ET CARTÉSIEN INCONSCIENT · texte numérisé non relu

VOLTAIRE DISCIPLE DES PENSEURS ANGLAIS ET CARTÉSIEN INCONSCIENT

Le contraste est grand, malgré l'analogie des tendances, entre Buffon et Montesquieu, penseurs pacifiques, et ce penseur militant qui, sous le nom de Voltaire, devint le général en chef de l'armée philosophique et fut en quelque sorte le roi du xvnic siècle.

C'est pendant son exil en Angleterre, où il apprit à connaître Shaftesbury, Locke et Newton, où il fut lié avec Toland, Collins, Bolingbroke, que le jeune Arouet conçut nettement et commença son apostolat philosophique en faveur de l'esprit d'examen, de la religion naturelle et des libertés publiques, contre la crédulité, le fanatisme et l'oppression. Les Lettres anglaises, véritable manifeste, marquèrent son entrée dans la carrière.

Le Parlement les fit brûler par la main du bourreau. Ce baptême de la persécution était bien dû à l'homme qui, faisant converger vers un but unique toutes les conceptions «le son universel génie, allait, pendant cinquante ans, mais surtout à partir de l'époque où il se retira, comme dans une forteresse, aux Délices et à Ferney,

faire la guerre la plus implacable à la superstition et à Fintolérance.

De même que Voltaire inaugura la mêlée du xvme siècle en révélant l'Angleterre à la France, c'est en nous révélant l'Allemagne que Mme de Staël inaugurera le xixe siècle ; de même que les Lettres anglaises furent proscrites par l'autorité royale, Y Allemagne sera proscrite par l'autorité impériale ; et, non moins que Voltaire, Mme de Staël sera dédommagée des persécutions exercées sur sa personne par l'énorme influence qu'exercera son œuvre.

Le cartésianisme régnait en France; Locke y était généralement ignoré, et Newton n'y avait pour lui que quelques savants tels que Clairaut et Maupertuis. Voltaire accrédita Locke et Newton.

Trop ennemi des spéculations abstraites pour goûter la physique et la métaphysique de Descartes, il prit plaisir à le déconsidérer sans prendre la peine de le bien connaître. Ainsi, toutes les fois que s'en offre l'occasion, il raille la théorie cartésienne des idées innées; et il ne s'aperçoit pas que c'est cette même théorie qu'il adopte et élucide lui-même, quand il reconnaît que, si l'expérience est à l'origine de toutes nos idées, elle n'en est pas l'unique origine. Sans doute il pense qu'il n'y a point de connaissances innées c'est-à-dire nées développées, tout comme il n'y a point d'arbre qui porte des feuilles' et des fruits en sortant de la terre; mais il affirme que notre raison nous apprend qu'il y a vice et vertu, en même temps qu'elle nous apprend que deux et deux font quatre ; il affirme que Dieu a donné à VEgyptien et au Scythe la même raison qui, en se développant, leur

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