LA PRIMAUTÉ DE LA MORALE ET SON INNÉITÉ SELON VOLTAIRE
Par ses préventions contre la raison spéculative, et par ses prédilections pour la raison pratique, Voltaire devançait Kant. Dans divers opuscules, il expliquait admirablement la nécessité de prendre parti; et il disait de lui-même dans une lettre à Frédéric : « Je ramène toujours, autant que je peux, ma métaphysique à la morale. »
Aux yeux de Voltaire, le caractère commun des sages les plus renommés, c'est qu'ils ont été des enthousiastes du bien moral. Socrate et Epicure, Confucius et Jésus, Platon et Marc-Aurèle, rendent un égal hommage aux dictées de la conscience et s'accordent à proclamer les mêmes devoirs essentiels.
De quoi servent à la vertu les dogmes théologiques, avec leurs distinctions et leurs contradictions interminables ? Les dogmes s'excluent mutuellement et vont se succédant à l'infini ; mais il n'y a qu'une morale routine il ni] a qu'une géométrie.
Objecte-t-on que beaucoup d'hommes ignorent la morale ? Voltaire répond que la plupart des hommes ignorent aussi la géométrie : ce qui n'empêche point que, dès qu'on s'y applique un peu, tout le monde est daccord.
Pour s'entendre en morale, il n'est pas besoin qu'on ait le.^ mûmes idées sur Pâme, pas plus qu'il n'est besoin qu on ait les mêmes idées sur Dieu. Par exemple, Vol-
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taire est fort enclin à croire, avec Locke, que la matière a bien pu être dotée du pouvoir de penser; mais il n'a garde d'adopter les conséquences que, d'habitude et bien à tort, on juge nécessairement liées à la conception matérialiste. Aux doctrines égoïstes et autoritaires de Hobbes il oppose la protestation la plus vive, n'admettant pas qu'on soit honnête homme si on n'a commence par les réfuter en son cœur.
Non moins que Hobbes, Voltaire combat Helvétius qui refuse à la morale tout fondement naturel. Sans doute, lui réplique-t-il, « il n'y a aucune proposition de morale innée dans notre âme; mais de ce que nous ne sommes pas nés avec de la barbe, s'en suit-il que nous ne soyons pas nés, nous autres habitants de ce continent, pour en avoir à un certain âge? Nous ne naissons point avec la force de marcher; mais quiconque naît avec deux pieds marchera un jour. C'est ainsi que personne n'apporte en naissant l'idée qu'il faut être juste; mais Dieu a tellement conformé les organes des hommes que tous à un certain âge conviennent de cette vérité. Notre société ne pouvant subsister sans les idées du juste et de l'injuste, il nous a donné de quoi les acquérir ».
Enfin Voltaire sépare nettement le devoir de l'intérêt. Il estdit dans les Ecritures sacrées : « Honore ton père et ta mère, si tu veux vivre longtemps. » Voltaire reprend et dit: « Honore ton père et ta mère, dusses-tu mourir demain ! »
l'universalité de la morale et les devoirs essentiels selon voltaire
On insiste sur les divergences morales 'qui existent entre les différents peuples, et on cite, avec Locke, les