LE LIBÉRALISME DE VOLTAIRE
d'idées qui menait à la destruction des coutumes absurdes, au changement des lois mauvaises, à la rénovation des tribunaux surannés, à une application meilleure des règles de la justice éternelle.
Il n'empêche qu'on souffre de ne pas sentir dans Voltaire des entrailles démocratiques. Il est par essence un bourgeois et le plus irrévérencieux des bourgeois ; il n'est pas peuple.
Tout en voulant que les lumières soient répandues dans la masse de la nation, Voltaire admet que les déshérités qui n'ont que leurs bras pour vivre demeurent ignorants. « Je doute, dit-il, que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s'instruire. Ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. »
Il s'agit de guider le bas peuple et non de prétendre l'instruire, puisqu'il ne saurait acquérir qu'un vernis d'instruction qui le rendrait pire. « Quand la populace se met à raisonner, tout est perdu. »
Mais c'est bien le même homme qui ailleurs cite en exemple ces citoyens suisses, employés aux manufac-. tures, qu'il a vus passer à lire le temps qu'ils n'employaient pas au travail ; et qui ajoute : « Non, tout n'est pas perdu quand on met le peuple en état de s'apercevoir qu'il a un esprit. Tout est perdu, au contraire, quand on le traite comme une troupe de taureaux ; car tôt ou tard ils vous frappent de leurs cornes. »