‹ Les pères de la Révolution (de Bayle à Condorcet)Chapitre 77 sur 257 · LE LIBÉRALISME DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LE LIBÉRALISME DE VOLTAIRE

Où Voltaire ne varie pas, c'est dans son large libéralisme, qui lui fait reconnaître et aimer la liberté civile comme le premier des biens.

Il peut en coûter cher de se rendre libre; mais on ne saurait payer ni de trop de sueurs, ni de trop de sang son affranchissement.

« La véritable charte de la liberté est l'esprit d'indépendance soutenu par la force. C'est avec la pointe de l'épée qu'on signe les diplômes qui assurent cette prérogative naturelle. Heureuse Helvétie ! A quelle pancarte dois-tu ta liberté? A ton courage, à ta fermeté, à tes montagnes. — Mais je suis ton empereur. — Mais je ne veux plus que tu le sois. — Mais tes pères ont été esclaves de mes pères. — C'est pour cela même que leurs enfants ne veulent point te servir. — Mais j'ai le droit attaché à ma dignité. — Et nous, nous avons le droit de la nature. »

Selon Voltaire, comme selon Montesquieu, la liberté consiste à ne dépendre que des lois, lesquelles doivent protéger également toutes les conditions.

Lui aussi il admire la constitution anglaise. Il exalte surtout la Chambre des communes, devenue peu à peu la digue qui contient la puissance royale, aristocratique et sacerdotale.

Quand un peuple fait lui-même ses lois, il est amené à les aimer du même amour qu'un père porte à ses enfants. Il les aime principalement lorsque, comme les lois anglaises, elles remettent les hommes en possession des droits de la nature, dont ils sont dépouillés, de l'aveu de Voltaire, dans presque toutes les monarchies, et qu'elles reconnaissent à chacun la pleine disposition de sa personne et de ses biens, le libre usage de la parole et de la plume, le privilège de ne pouvoir être jugé que par un jury formé d'hommes indépendants, et la faculté de professer en paix la religion de son choix.

Page 1