VOLTAIRE HOSTILE A L'ESCLAVAGE, AU SERVAGE ET AUX VOEUX PERPÉTUELS
11 y a un lien logique entre la liberté physique et la liberté intellectuelle. Qui est hostile au servage des âmes
Pabbb. — l'ères delà Révolution. 16
doit être hostile au servage des corps. Ne nous étonnons donc pas que Voltaire ait flétri, en même temps que cette barbarie qui consiste à asservir moralement certains hommes parce qu'ils pensent autrement que le grand nombre, cette autre barbarie qui consiste à asservir physiquement certains hommes parce qu'ils ont la peau noire et le nez écrasé.
Sans doute de grands jurisconsultes se prononcent en faveur de l'esclavage; mais, selon Voltaire comme selon Montesquieu, la nature décide contre Grotius et Pufîendorf.
Cette institution, que le droit condamne, a-t-elle du moins pour elle l'intérêt bien entendu des esclaves? C'est ce qu'allègue Linguet, le défenseur des jésuites, l'apologiste de Tibère et de Néron. Il met la situation des esclaves bien au-dessus de celle des hommes libres n'ayant pour vivre que le salaire de leur travail quotidien. Ceux-ci, dit-il, personne n'est chargé de les nourrir ni de les secourir, au lieu que les esclaves sont nourris et soignés par leurs maîtres, ainsi que leurs chevaux. « Cela est vrai, reprend Voltaire ; mais l'espèce humaine aime mieux se pourvoir que dépendre; et les chevaux nés dans les forêts les préfèrent aux écuries. Interrogez le plus vil manœuvre, couvert de haillons, nourri de pain noir, dormant sur la paille dans une hutte entrouverte ; demandez-lui s'il voudrait être esclave, mieux nourri, mieux vêtu, mieux couché, il reculera d'horreur. Demandez ensuite à un esclave s'il désirerait être affranchi, et vous verrez ce qu'il vous répondra. Par cela seul la question est décidée. »
Toujours préoccupé d'être utile, Voltaire insiste par-