VOLTAIRE RÉFORMATEUR DE LA PROCÉDURE JUDICIAIRE
d'un autre? Cela n'est assurément ni honnête ni utile; car on n'est jamais sûr du succès. »
VOLTAIRE RÉFORMATEUR DE LA PROCÉDURE JUDICIAIRE ET ADVERSAIRE DE LA TORTURE
Le droit de défense, qui sert à légitimer la guerre dans les rapports internationaux, est dans chaque nation le fondement naturel de la pénalité. C'est pour se protéger contre les coupables qui, par leurs méfaits, se mettent implicitement en état de guerre vis-à-vis du corps social, que les gouvernements édictent des peines châtiant les délits et les crimes.
À la suite de Montesquieu et de Beccaria, Voltaire se fait l'apôtre de la réforme du droit pénal. Et tout d'abord, il dénonce ce système de procédure où tout semble combiné pour la perte de l'accusé. Pourquoi enfermer le prévenu dans une prison, qui est un cloaque d'infection où il se trouve assujetti à un supplice cruel, avant d'être jugé et peut-être reconnu innocent? Pourquoi le charger de fers? Pourquoi le mettre au secret? Pourquoi obliger le magistrat à se conduire envers lui plutôt en ennemi qu'en juge? Mais surtout, quelle est cette horrible procédure qui admet parmi ses moyens la torture?
Bien avant Montesquieu et Voltaire, dès le ive siècle, saint Augustin avait vu tout ce qu'offre de triste et de lamentable la .question appliquée soit à des témoins pour en tirer la vérité sur la cause d'autrui, soit à des prévenus pour les empêcher de mentir dans leur propre cause. Il montrait le juge faisant torturer l'accusé pour s'enquérir s'il est coupable, lui infligeant des peines trop certaines pour un crime incertain, le sup-
pliciant non parce qu'il a mal fait, mais parce qu'on ignore s'il a mal fait, et maintes fois tuant un innocent à force de lui demander par des tortures de se décider à avouer qu'il n'est pas innocent. Mais, après avoir bien reconnu le mal, saint Augustin l'acceptait et l'excusait, en alléguant les obscurités des affaires criminelles et les nécessités de la sécurité sociale. « Un juge, dit-il, ne pense pas que ce soit un crime de torturer des innocents dans des causes qui leur sont étrangères ; de frapper des innocents qui, surmontés par la violence de la douleur, se sont faussement déclarés coupables ; de voir périr dans les tourments de la question des hommes qui ne sont pas condamnés à mort et qui peuvent être innocents. Et pourquoi un juge ne se croit-il pas coupable en faisant tous ces maux? Farce qu'il ne les fait pas dans la volonté de nuire, mais par suite d'une ignorance invincible et pour obéir à la société qui lui impose la nécessité de juger. »
De telles conclusions sont-elles chrétiennes1 ou plutôt sont-elles humaines? N'est-il pas évident que la question était une institution aussi absurde que barbare?
Combien d'innocents soumis aux tourments les plus horribles finirent par déclarer qu'ils étaient coupables ! On les punissait comme d'un crime de ne pas avouer de crime. A bout de forces ils se disaient criminels, et se faisaient mettre à mort pour n'être plus mis à la question.
Cette monstruosité que tolérait la piété d'un saint Augustin, l'équité des Montesquieu, des Beccaria et des Voltaire l'a flétrie et en a fait purger les législations qu'elle souillait.
Voltaire montre admirablement qu'il est aussi inepte
Voir, clans la pensée chrétienne, les chapitres sur la morale catholique.