L'EXISTENCE DE DIEU SELON VOLTAIRE
Yoltaire parle de Dieu comme de la liberté. Il ne le comprend pas toujours de la même manière ; mais il l'affirme toujours. Aux yeux de Voltaire, la morale, qui exige que l'homme soit libre, exige non moins impérieusement qu'il y ait un Dieu, juge tout-puissant des actions humaines, rémunérateur et vengeur.
« Si Dieu n'existait pas, dit-il, il faudrait l'inventer. »
Mais Dieu existe ; et, tout comme il n'y a pas d'horloge sans horloger, l'univers ne serait pas s'il n'y avait un parfait ouvrier quia tout fait. En même temps que la voix de la conscience nous crie qu'il y a un Dieu, les merveilles des astres, de la terre, des plantes, des animaux, de l'humanité lui rendent témoignage par cet admirable concours de moyens et de fins où apparaît nécessairement l'intervention d'une sagesse infinie. La nature n'est pas mathématicienne, et tout chez elle est arrangé selon les lois mathématiques. Dans toutes ses œuvres éclate une industrie prodigieuse. On l'appelle nature, et elle est tout art. Mais cet art estFart d'un être suprême qu'elle nous cache et nous révèle tout à la fois.
Ainsi , parmi les arguments invoqués en faveur de l'existence de Dieu, les deux arguments qui devaient le plus frapper Kant sont ceux qui ont frappé Yoltaire. Il est incapable de les approfondir de même ; mais il y revient sans cesse. Lui aussi aurait pu dire : « Deux choses me remplissent d'une admiration et d'un respect toujours renaissants %et toujours plus grands : le ciel
étoilé au-dessus de ma tête, et la loi morale au fond de mon âme. »
Et qu'on ne reproche pas à Voltaire de recourir aux preuves les plus familières de l'existence de Dieu. C'est parce qu'elles sont simples qu'elles ont sa préférence. « Où en serait le genre humain, dit-il, s'il fallait étudier la dynamique et l'astronomie pour connaître Dieu? Celui qui nous a créés tous doit être manifeste à tous; et les preuves les plus communes de son existence sont les meilleures, par la raison qu'elles sont communes. Il ne faut que des yeux et point d'algèbre pour voir le jour. »
Voltaire s'intitule le philosophe croyant. Sans la foi en Dieu, l'univers, l'humanité, la vie, lui paraîtraient n'avoir ni sens, ni raison d'être. Tout nous crie qu'il existe. Comme l'espace est le lieu des corps, il est le lieu des âmes. « Qui osera nier son existence rendra toujours la nôtre affreuse. »
Dans sa correspondance, Voltaire ira répétant qu'il déteste l'athéisme et qu'il l'a toujours regardé comme 'le plus grand égarement de la raison. « Une fausse science fait des athées ; une vraie science prosterne l'homme devant la divinité. »
On accuse la religion de bien des crimes; on doit, selon Voltaire, en accuser la superstition, et surtout le fanatisme, le plus cruel ennemi du culte du à Dieu.
« La superstition est à la religion ce que l'astrologie est à l'astronome, la fille très folle d'une mère très sage. » La superstition etle fanatisme enlacent la religion de leurs replis monstrueux, à la façon des deux serpents qui enlaçaient Laocoon. Il s'agit de tuer les deux serpents sans blesser la religion elle-même.