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LA CRITIQUE DU SURNATUREL PAR VOLTAIRE

surtout dans les temps ou l'on savait ci peine lire et écrire ; il remarque que les Pères de l'Église ont souvent avoué qu'il ne se faisait plus de miracles de leur temps; et il rappelle que les thaumaturges étaient généralement des prestidigitateurs, en citant à l'appui ces mots de Lucien dans son récit de la mort de Pérégrinus : « Quand un joueur de gobelets adroit se fait chrétien, il est sûr de faire fortune. »

Allons avec Voltaire au fond des choses. L'idée même de miracle est une espèce de sacrilège opposant Dieu à Dieu par la violation des lois immuables fixées par lui, et supposant le plus étrange aveu de faiblesse chez cet Etre tout-puissant qui, pour venir à bout d'un certain dessein sur quelques êtres vivants, dirait : « Je n'ai pu parvenir à mon but par la fabrication de l'univers et par mes décrets divins; je vais changer mes éternelles idées pour tâcher d'exécuter ce que je n'ai pu faire par elles. »

D'après Voltaire, on demandait un jour à un philosophe ce qu'il penserait si le mouvement de la terre autour du soleil cessait tout à coup, si les morts ressuscitaient, et si les montagnes allaient se jeter dans la mer, le tout pour prouver quelque vérité importante, comme par exemple la grâce versatile : « Ce que je penserais? répondit le philosophe, je penserais qu'il y a un principe qui défait ce que l'autre a fait; et je me ferais manichéen ».

Comment peut-on croire, en effet, que l'Être infini intervertisse, en faveur de quelques centaines de fourmis végétant sur ce petit amas de fange, le jeu éternel de ces ressorts immenses qui font mouvoir le monde? Dieu a fait l'univers; il l'a bien fait, et il ne va point créer des vents nouveaux pour remuer quelques brins de paille dans un coin de cet univers.

Que si Dieu a voulu distinguer un petit nombre d'hommes par des faveurs particulières, il n'est pas besoin pour cela qu'il change ce qu'il a établi pour tous les temps et pour tous les lieux. Ses faveurs doivent être comprises dans ces lois mêmes selon lesquelles il a tout prévu et tout arrangé.

Les prophéties, non plus que les miracles, ne paraissent pas à Voltaire susceptibles d'être admises par la raison. Ne rabaisse-t-on pas la divinité quand on se la représente disant la bonne aventure?

Voltaire constate que les prédictions attribuées aux prophètes hébreux n'ont pas plus d'autorité que celles des sibylles tant révérées par les païens. Il insiste sur ce fait que les Juifs, dépositaires des prophéties où l'on veut trouver annoncé Jésus-Christ, n'ont jamais pu reconnaître Jésus pour le Messie. Il établit que nos théologiens ne s'entendent pas sur le sens de divers passages où ils affirment qu'est figuré à l'avance le christianisme. Il montre que tout lecteur des prophéties bibliques, qui sera réduit au malheur de n'avoir que du bon sens, ne pourra faire l'application de ces prophéties ni à Jésus, ni aux Juifs, ni à personne. « Il sera dans l'étonnement, dans l'incertitude, ne concevra rien, n'aura pas une seule idée distincte. »

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